admet Nicolas Pomarède, directeur général de la Nouvelle fonderie Gillet. Six années de lutte pour sauver cette entreprise créée en 1687, du temps de Louis XIV. Du temps a passé. Arrive la mauvaise nouvelle en 2014.

« Du jour au lendemain, on s’est retrouvé dans une situation économique catastrophique. Aucun repreneur ne s’est présenté. Nous n’avions qu’une seule solution. Reprendre Gilet en Scoop. »

« Ils ont filmé notre combat, nos galères »

C’est le début de l’aventure avec l’équipe du Tournage de « 13h15, le dimanche ». « Ils voulaient une histoire comme la nôtre où les salariés devenaient actionnaires, patrons de leur destin.

En plus, une fonderie, cela donne toujours de belles images. » Parlons des débuts. « Franchement, on était tellement dans le combat quotidien. On est reparti avec 22 des 47 salariés. L’outil de production était obsolète et les clients peu nombreux. » Jour après jour, les journalistes trouvent leur place, se fondent dans le labeur des ouvriers.

« À l’époque, on tournait très vite. Il n’y avait qu’une prise par plan » ajoute le directeur. Les mois passent. « L’équipe venait quasiment chaque semaine. Elle était à l’affût de la moindre information, de la dernière nouveauté de notre aventure. » Petit à petit, Gillet sort la tête de l’eau. « C’est vrai qu’on a galéré. Au début, on a fait l’erreur de prendre quelqu’un de l’extérieur. Qu’importe. On s’est tous battus et on a réussi. On a mis en place une structure pyramidale. Moi, j’ai fait quasi tous les postes ici. J’aurais pu partir dans une autre boîte. Mais non. Il fallait que je sois là, avec les copains, pour tenter quelque chose. Vous savez, on n’est pas plus forts que les autres, mais ces images démontrent qu’avec de la rigueur, l’implication de tous, la solidarité, on peut y arriver. » Ces premiers reportages où sont relatés ces jours de galère, sont déjà passés sur France 2.

« C’est fou, le nombre de messages que l’on a reçus. Je réponds à tout le monde pour les remercier. Certains ont même proposé de l’argent. Évidemment, j’ai refusé. Mais ça fait plaisir, cette solidarité. J’espère que les derniers reportages vont montrer du positif, que l’on s’en est sorti. » Le directeur ajoute : « Au fil des années, les journalistes sont devenus des amis. Sur la fin du tournage, on avait plus de temps. On était plus posés, plus tournés vers l’avenir. Ils n’ont eu de cesse de nous appeler pour savoir où on en était que ce soit Emmanuelle Chartoire, David Geoffrion, Anne Cohen, mais aussi les cameramen, le preneur de son. » Ce fut une belle expérience. Nicolas avoue avoir regardé en famille dimanche dernier, cette saga de « 27 patrons et une usine ». « Moi, je me suis trouvé nul. Mais j’ai vu de la fierté dans les yeux de mon père, de ma femme et de ma famille. Ça touche. »

« Aujourd’hui Gillet va beaucoup mieux »

Très vite, notre homme revient sur Gillet. « Aujourd’hui, notre société fonctionne bien. On a investi dans du nouveau matériel et on produit des pièces de grande qualité. On a retrouvé la confiance de nos clients et notre boîte compte 32 personnes. Et nous allons recruter très bientôt. » Il termine : « On arrive à se positionner sur de gros contrats, comme ce projet de viaduc pour le TGV. C’est un investissement sur le long terme. Nous avons un bureau d’études, produisons des alliages compliqués et surtout, au bout du bout, nos pièces sont prêtes à monter ». Nicolas et toute l’équipe ont évidemment coché ce dimanche du 4 avril. Ils se poseront sur le canapé pour regarder cette histoire, leur histoire. Celle d’hommes qui n’ont pas accepté la fatalité. « Il me tarde de le voir, car on a quand même connu des instants extraordinaires avec ces journalistes. »

Vincent Vidal