Une actualité récente vient renforcer les inquiétudes du syndicat : dans son nouveau plan stratégique « Renaulution », la firme au losange annonce le développement d’une nouvelle famille de moteurs essence HR12 qui, à l’horizon 2025, doit se substituer intégralement à la HR10 ; une gamme dont la culasse est produite à Ingrandes et pèse « plus de 50 % des volumes du site ».

« Renault prévoit la première application de la HR12 en 2022 sur le Kadjar. En clair, on s’attend dès l’année prochaine à une chute des volumes de la HR10 », expose l’élu CGT Jean-Philippe Juin, qui n’a pas été franchement rassuré par le Comité social et économique de ce jeudi : « La direction confirme que la HR12 – qui s’appuie sur un process de coulée différent – ne sera pas produite à Ingrandes », mais probablement, selon lui, « dans des pays à bas coûts comme la plupart des pièces Renault aujourd’hui ».

Le syndicaliste tire la sonnette d’alarme : « L’Alu doit enclencher de toute urgence un plan de diversification, sans quoi elle suivra le même chemin que la Fonte. La direction évoque la possibilité de se voir attribuer la future culasse HR18 de Renault, pour un développement prévu en 2024-2025. Pour le reste, elle dit vouloir explorer d’autres produits, comme des pièces de liaison au sol, des pièces de châssis. Cela nécessite d’engager très vite des investissements lourds et de trouver de nouveaux clients. Sans ça, on sait ce qui nous attend… ».

Assemblée générale des salariés prévue lundi

La CGT est d’autant plus préoccupée que la direction locale a fait part, lors du CSE, d’un problème financier (lire par ailleurs). Pour ces deux raisons, elle organise lundi 22 février une assemblée générale des salariés, au terme de laquelle pourraient déboucher des actions de protestation.

« Tout le secteur auto est d’accord pour dire que l'aluminium a de l’avenir. Reste à savoir pour qui et où ? », conclut le responsable syndical.

"Un marché durable et en développement" selon le groupe Liberty

Contactée, la direction du groupe Liberty Alvance se contente d’une brève réponse écrite.

Sans nier la situation décrite par la CGT, elle assure maîtriser la situation : « Les perspectives de la fonderie d’aluminium sont différentes de celles de la fonte. Il existe un marché durable et en développement. Les moteurs et leurs composants évoluent et il est clair que l’ensemble du secteur devra adapter ses méthodes de production pour fournir la prochaine génération de véhicules ».

Le groupe Liberty Alvance « travaille déjà avec (ses) partenaires sur les futures pièces et sur la manière dont (ses) systèmes peuvent être adaptés pour les fournir ». Il « explore aussi de nouveaux partenariats, de nouvelles technologies et (recrute) de nouvelles équipes pour (l’) aider à faire progresser (ses) évaluations ».

Finances en péril ? Jeudi en CSE, la direction de la Fonderie Alu a fait part, selon la CGT, d’un troublant « problème financier ».

« Elle a expliqué que les 18 millions d’euros de Prêt garanti par l’État touchés par Liberty Alvance pour la Fonderie Alu étaient bloqués, à la demande du groupe, dans une banque allemande partenaire, affirme Jean-Philippe Juin. Le groupe prévoyait un virement d’une partie de cet argent sur le compte de l’usine le 4 février. Or, la direction locale dit n’avoir toujours rien reçu. Aussi, elle a menacé le groupe d’arrêter la production de culasses la semaine prochaine, faute de liquidités pour honorer les factures et les salaires de février. »

Contacté, Liberty « ne commente aucun de (ses) financements spécifiques ». Il se contente d’affirmer que la Fonderie Alu est « entièrement soutenue par le groupe » et « poursuivra ses activités sans interruption ».