L'usine est triste...comme un corps mort quand ses organes renoncent et s'arrêtent. L'usine, un puissant géant qui n'est rien sans son cœur d'aluminium, irrigué de la sueur des hommes.

En arrêtant l’usine pour la fin de l’année, je sillonne ses allées désertes et j’ai une pensée pour toutes celles qui ne rouvriront pas en 2021.

Elles ont toutes une âme chargée de souvenirs, d’espoir, de colère parfois mais toujours de l’esprit d’équipe qui anima celles et ceux qui lui ont donné la vie. Derrière la pénombre qui ensevelit les ateliers, le souffle des machines retombe au fur et à mesure que les énergies sont coupées, la chaleur des fours devient moins vive, les derniers compagnons se dispersent gaiement.

J’ai du mal comme toujours à quitter les lieux et à rejoindre le monde qui méconnaît tant notre belle industrie.

Ce soir, il y a des usines qui fermeront définitivement leurs portes, entendez les crier ; encore un soir, encore une heure, comme dans la chanson de Céline Dion elles demandent qu’on leur accorde une grâce.

Moi je demande plus pour elle, je demande qu’on leur laisse la vie, je demande aux décideurs de bien réfléchir aux conséquences désastreuses pour la société de les voir disparaître à jamais.

PATRICK BELLITY