Julien Dupont-Calbo les Echos

Les avions cloués au sol ou presque depuis six mois par la pandémie, c'est l'industrie aéronautique qui paye le plus la crise sanitaire au sein du made in France. Le secteur automobile a bien serré le frein à main au printemps, mais le retour des commandes lui a permis de le desserrer depuis quelques semaines.

l'industrie française a rayé 15.650 postes de ses effectifs entre mi-mars et mi-septembre, contre 4.000 créations d'emploi sur la même période en 2019. Air France (-7.700 postes), Airbus (-5.800), Renault (-4.600), Daher (-2.700) ou Valeo (-2.000) sont les arbres qui cachent la forêt productive composée par d'innombrables petits sous-traitants.

L'exception Toyota

A elle seule, l'industrie aéronautique a perdu plus de 10.600 postes en un semestre de crise sanitaire, ce qui efface pour le moment les gains des dix dernières années. La filière automobile, qui n'était déjà pas en haut de cycle, a supprimé 6.400 postes. Mais à vrai dire, cela ne détonne pas vraiment par rapport à la grande glissade entamée au début du siècle… Seul le japonais Toyota et son usine d'Onnaing dans le Nord ont maintenu leurs effectifs en France dans l'automobile.

« A part pour l'aéronautique, la crise n'a fait que renforcer des tendances qui étaient déjà existantes », Les commerces et la distribution ont cédé 5.000 postes, mais la décrue ne date pas du printemps : cela fait plusieurs semestres que les magasins traditionnels souffrent de la concurrence du e-commerce.

Avec les annonces de suppression de postes de Sanofi , Servier ou Boiron, l'industrie pharmaceutique a perdu des postes sur la période et confirme ses difficultés des dernières années dans l'Hexagone. A l'inverse, la filière cuir, qui bénéficie d'un retour en grâce , reste légèrement dans le vert.

Usines perdues Dans ce décor, le solde des ouvertures et des fermetures d'usines reste négatif - il était retombé légèrement dans le rouge l'an dernier après trois années d'embellie. Sur les six mois concernés par l'étude, la France a perdu 18 usines. Bien loin, il faut le signaler, des 125 sites clos en 2009, lors de la dernière crise économique.

En ce qui concerne les relocalisations, la tendance, si elle existe, n'est pour l'heure pas très nette. Trendeo note que les relocalisations représentent en 2020 quelque 2,1 % des emplois créés, contre 0,4 % en moyenne depuis 2009. Mais quelques grandes opérations ponctuelles troublent le jeu.

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« Si la relocalisation, c'est juste subventionner quelques grandes opérations, on y arrivera mais ce sera très coûteux pour les finances publiques rapporté au résultat. En revanche, on peut espérer des créations d'usines avec la baisse des impôts de production, même si les problèmes administratifs et le manque de main-d'oeuvre spécialisée dans l'industrie perdurent », juge David Cousquer.