A l'angle des avenues Anatole-France et Rondu, une cinquantaine de photographies seront visibles dès aujourd'hui, accrochées sur les palissades du chantier. Des photos des anciens bâtiments, des travaux, des ouvriers. Elles ont été prises par Myriam Drosne, qui a pu se rendre sur le site à plusieurs reprises au cours de la démolition. A travers ce travail, intitulé « Re construction », elle se « pose la question de ce qui reste de ce passé ouvrier ». Le projet est porté par le conseil de quartier centre sud de Choisy et l'entreprise suisse Ginkgo, en charge de la dépollution et de ces travaux qui « font remonter les bribes d'un autre monde », explique la photographe.



Daniel Grouard avait 30 ans lorsqu'en mai 1968, il a lancé un mouvement de grève à la fonderie avec d'autres salariés. Il y était entré en 1962 en tant qu'outilleur. « Il y avait une quarantaine d'hommes et 360 femmes, se rappelle-t-il. On y fabriquait des fermetures à glissière métallique et en nylon ». Il se souvient avoir été « abruti » par le bruit de certaines machines. Pendant la grève, « 300 femmes ont défilé dans la rue. On n'avait jamais vu ça à Choisy. Hélène Luc (ex-sénatrice communiste) s'en souvient encore ! » La grève leur permettra d'obtenir 30 % de salaire en plus, « et ce n'était pas négligeable ». Le souvenir de ces 8 années passées à la fonderie, dont il partira comme responsable de méthode, lui revenait à chaque fois qu'il « passait dans le quartier ».



C'est, elle aussi, en passant devant le chantier à vélo, l'an dernier, que Myriam Drosne a eu l'idée de ce travail de mémoire. « Pour moi c'était un endroit assez mystérieux », explique la photographe, particulièrement attirée par l'univers industriel. Elle vit d'ailleurs dans l'ancienne usine Hollander, et avait réalisé un travail de mémoire similaire à ce sujet. « J'ai toujours aimé les lieux délaissés, explique-t-elle. Ça me questionne sur ce qu'il reste de ces entreprises qui ont fait vivre des générations entières ». Ses clichés seront visibles pendant plusieurs mois, peut-être un an. Inauguration de l'exposition aujourd'hui à 18 heures, à l'angle des avenues Anatole-France et Rondu.