, qu'en 1958 César a la révélation des grandes presses à métal et des compressions. César se donne dès lors à plein dans cette voie. « Le hasard a voulu qu'on installe, en France, à Villetaneuse, la première grande presse dont je rêvais. J'ai voulu tout de suite rendre un hommage à la matière. » Voitures, bicyclettes, cageots, bijoux, cartons… tout lui sert désormais à modifier son langage. Le critique Pierre Restany parle de son « exceptionnelle intelligence de la matière » et de « l'avènement d'un art lié à la reconnaissance d'une nature moderne, industrielle et urbaine ». Dans son élan, César décide un jour d'agrandir démesurément son pouce — le pouce du modeleur de terre — pour en faire une sculpture. Et puis, découvrant le polyuréthane et jouant l'exact inverse de la compression, il se donne la liberté des expansions.

Le feu sacré

« Je suis devenu moi-même le jour où j'ai osé faire certaines choses que je croyais interdites. Pour créer, il faut avoir une grande fraîcheur, une grande naïveté. Ce qu'on appelle le feu sacré. Dans l'atelier, vous vous oubliez, et le matériau vous transforme. Soudain, une chose vous entraîne à une autre et ainsi de suite. En réalité, quand on est un artiste, on s'amuse. » Il faut observer César, lunettes de soudeur sur le front, dans sa fonderie de Bréauté (celle de notre ami Régis Bocquel), en Normandie, polissant un bronze, son autoportrait ou façonnant une pièce. Surveillant l'installation, à Paris, de son chef-d'œuvre, Le Centaure, ou, à Hong Kong, de son « homme ailé ». Réglant à Venise, pour la Biennale, la mise en place de ses « galettes », des voitures aplaties. Il faut le voir dessiner, agencer sur des panneaux ses natures mortes en tôle émaillée pour saisir un immense artiste dans sa réalité la plus passionnante.

Jacques Bouzerand