LA DEPECHE -

Castelsarrasinois depuis 77 ans, Luigi Tomasin fêtait son centenaire, ce vendredi 20 janvier. L’occasion de revenir sur une vie marquée par la guerre, la vie à l’usine et sa passion pour la sculpture et le patrimoine.

Sa vie a des allures de roman. Luigi Tomasin, installé à Castelsarrasin depuis 77 ans, fêtait ce vendredi 20 janvier ses 100 ans. Un siècle de vie qui l’a vu grandir dans le nord de l’Italie, migrer à travers une Europe minée par la guerre, puis prendre ses quartiers dans le Tarn-et-Garonne, y fonder une famille et y couler une retraite paisible.

Né dans le village de Vazzola, au nord de Trévise, il quitte pour la première fois sa région de Vénétie pour la Belgique alors qu’il n’a que 7 ans. Son père est embauché dans une mine à Charleroi, en Belgique. Il reste dix ans dans la grisaille wallonne.

La guerre et l’errance Son destin est bousculé une première fois lorsque la famille doit rentrer au pays en 1940. Une seconde fois lorsqu’il est appelé pour combattre dans l’armée italienne, à la rentrée 1942.

Affecté à Naples, il subit les bombardements alliés, puis l’armistice déclaré par l’Italie. Il est en effet capturé par l’armée allemande en 1943, et passe deux ans en camp de travail à Hanovre, en Allemagne. "À la libération, on a dû rentrer en Italie par nos propres moyens. On prenait les premiers qui allaient vers le sud. Je parlais Français grâce à ma vie en Belgique, ça nous a aidé" se souvient-il.

Une fois la guerre finie, il n’a d’autre choix que de fuir une Italie en lambeaux et choisi la France comme terre d’accueil. Il traverse alors les Alpes à pied avec cinq camarades, dans des conditions dantesques. "On a grimpé un glacier sans aucun équipement. On était fou."

Arrivé à Bourg-Saint-Maurice en Savoie, il part ensuite à Lyon. Sur le point d’être expulsé s’il n’a pas de contrat de travail, un oncle déjà installé à Castelsarrasin lui vient à la rescousse et lui enjoint de venir travailler à son usine de fonderie.

Mémoire exceptionnelle Arrivé à Castelsarrasin dans l’après-midi du 5 novembre 1946, il embauche dès le lendemain dans l’usine de fonderie que compte alors la sous-préfecture. Il ne bougera plus, ni de ville ni de travail. Une fois sa retraite prise, il prend le temps de se consacrer à ses passions : la sculpture, l’histoire et le patrimoine.

Sa passion pour la sculpture remonte à sa jeunesse en Belgique, lorsqu’il découvre cet art au contact d’Ernest Patris, sculpteur émérite belge.

Une passion qu’il cultive tout au long de son existence, notamment lorsqu’il participe à la réfection de la vierge qui trône à l’église Saint-Sauveur de Castelsarrasin, ou à des sculptures de l’abbaye de Belleperche.

Grâce à une mémoire exceptionnelle pour son âge et une curiosité intacte, Luigi livre des témoignages en pagaille et reste très au fait de l’actualité. "Il suit de près le conflit en Ukraine. Il est choqué de voir qu’une guerre peut encore avoir lieu de nos jours en Europe. Il a aussi été touché par le sort des migrants. C’est quelque chose qu’il a vécu", raconte sa fille Esther.