LES ECHOS - Nicolas Barré

Avec la flambée des prix de l'énergie, la bataille pour la survie de l'industrie européenne est devenue une priorité. Pour la gagner et vaincre ceux qui rêvent de nous évincer, il faudra rester solidaire. Ce n'est pas gagné.

L'industrie européenne craque. Notre continent avait promis de se réindustrialiser après la crise du Covid, celle-ci ayant révélé des dépendances excessives à l'égard du reste du monde.

Or voilà que la crise énergétique menace de balayer ces efforts et de ruiner des pans entiers de notre industrie. L'Allemagne, cœur industriel du continent, en est tellement consciente qu'elle vient en urgence d'annoncer un plan titanesque de 200 milliards d'euros, soit 5 % de sa richesse nationale, pour compenser la flambée des coûts de l'énergie.

On dira qu'elle paie le prix d'une politique à courte vue - soumission à la Russie pour le gaz, sortie désordonnée du nucléaire - mais elle en a les moyens et peut ainsi espérer sauver son Mittelstand.

L'Italie, qui ne dispose pas plus que nous de telles marges de manœuvre, redoute, comme l'a dit amèrement Mario Draghi, que ces aides allemandes massives ne créent des « distorsions dangereuses et injustifiées » entre pays européens - préoccupation partagée par le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton.

Le rêve de Poutine

 L'inquiétude est d'autant plus vive que la remontée des taux d'intérêt accentue les divergences entre une Allemagne qui peut s'endetter 
 sans limite à 2 % et des pays du sud de l'Europe, comme l'Italie, qui se financent déjà à plus de 4,5 %. Le rêve de Poutine, une Europe qui se 
 divise, n'a peut-être jamais été aussi proche de se réaliser. Sachons l'éviter !
 Car il n'est pas seul à rêver de saper ce que ce continent a mis des décennies à bâtir.

Si les prix de l'énergie flambent en Europe, ce n'est pas le cas en Chine ou aux Etats-Unis.

Dans la sidérurgie, la chimie, le verre, les matériaux de construction entre autres, on retrouve là-bas la production perdue ici, où des usines sont mises à l'arrêt. La Chine était compétitive, elle l'est encore plus. Le rêve de Xi Jinping d'aspirer une part de la production industrielle de l'Europe se concrétise en accéléré.

 Et que dire de Joe Biden ? Adopté cet été, l'Inflation Reduction Act, avec son budget de 370 milliards de dollars, offre un tapis rouge aux 
 industriels, notamment européens, prêts à investir sur le sol américain. Au-delà de la guerre de l'énergie, c'est bien une bataille pour sauver 
 notre industrie qui se joue. A nous de rester solidaires et de donner tort à tous ceux qui rêvent de nous évincer. Dans cette bataille, nous 
n'avons pas d'alliés.