LA TRIBUNE

   Alors que le gouvernement demande aux industriels de s’atteler urgemment à une réduction de leur consommation, face à la menace d'une pénurie 
 énergétique cet hiver, la filière métallurgique régionale reste dubitative sur les leviers actionnables à court terme. __Pour les 82 fonderies du tissu 
  régional__, l'enjeu est devenu hautement stratégique avec l'envolée concomitante des prix de l'énergie. Mais malgré quelques initiatives sur le volet 
   du chauffage et de l'énergie, il n'existe pas de baguette magique soulignent les professionnels, qui rappellent que les investissements seront lourds 
  et pas forcément immédiats.

La métallurgie régionale est actuellement prise dans un double étau de pénurie et d'inflation galopante du prix de l'énergie (bien que limitée par le bouclier tarifaire). Bien que face à l'obligation absolue d'accélérer sa transition énergétique, ses acteurs rappellent que ces investissements devront être massifs et prendront nécessairement du temps.

 « Baisser de 10% notre consommation énergétique ? Très sincèrement, à court et moyen terme, je ne vois pas comment nous pourrions y parvenir. 
 Sauf à arrêter de produire évidemment... » lance Philippe Rascle, le patron de l'UIMM Loire (Union des Industries et métiers de la Métallurgie) en 
réaction à l'injonction d'Elisabeth Borne, lancée il y a quelques jours en pleine crise énergétique, en direction des industriels.
 « Si nous disposions d'un levier facilement activable, pensez-vous que nous ne l'aurions pas déjà exploité ? Toute entreprise bien gérée est en 
 recherche constante d'économies. Or, vu le prix de l'énergie ces derniers mois, je peux vous dire que nous n'avons pas attendu le discours de la  
 Ministre pour nous pencher sérieusement sur la question ».
   Même son de cloche du côté de Bruno Voland, son homologue lyonnais. « La première ministre nous a fait un cours d'économie, nous l'avons bien 
 noté et intégré. D'ailleurs, il est bien normal que l'industrie participe à l'effort national. Mais quel chef d'entreprise ne vérifiait pas, déjà, ses charges et 
 ne cherchait pas à les réduire afin de préserver sa compétitivité ? ».

Malgré tout, la filière va devoir prendre quelques mesures d'urgence et assumer sa part de réduction énergétique. D'une part, parce que la situation possiblement pénurique l'hiver prochain l'imposera de fait, - même si le discours gouvernemental s'est sensiblement adouci ces tous derniers jours, en assurant aux industriels que les efforts demandés n'entraveront pas leur activité productive. Et d'autre part, parce que l'envolée des tarifs pose désormais à l'ensemble de la filière métallurgique un sérieux problème de rentabilité et de compétitivité.

Éteindre la lumière ne réglera pas le problème de la métallurgie

 Parmi les pistes envisagées à court terme : l'abaissement de l'éclairage et du chauffage. C'est déjà ce qu'a mis en place la PME stéphanoise CFL 
 (Chaudronnerie Fine de la Loire) ces derniers mois : « Nous avons installé des détecteurs de présence, des minuteries, nous sommes passés aux leds, 
 nous veillons à chaque dépense inutile », explique ainsi Patrice Faivre-Duboz, son dirigeant.

« Malgré tout, ces économies restent peu importantes puisque l'essentiel de notre consommation est issue du process de production ».

Des réflexions seraient par ailleurs en cours dans un certain nombre d'entreprises pour rationaliser les espaces de production afin de réduire les surfaces à chauffer et éclairer. L'installation de panneaux solaires devrait également s'accélérer. Si ces pistes semblent prometteuses, Bruno Voland relativise quand même :

« Le levier du l'éclairage et du chauffage représentent un pas intéressant, mais l'effet sera limité en réalité. Ces dépenses énergétiques de chauffage et éclairage ne représentent qu'une petite portion de la consommation totale ».

Or, sur le volet production, le plus important donc, les économies d'énergie passeront par des solutions techniques nouvelles et des moyens financiers plus importants. Dans ces conditions, les investissements et les innovations nécessaires ne pourront vraisemblablement pas être portés en urgence dans les prochains mois.

Les industriels se sont toutefois d'ores et déjà attelés à la tâche pour accélérer la cadence sur ce sujet.

Situation de crise dans les forges et fonderies

Les enjeux de la filière métallurgique sont contrastés. Ils diffèrent nettement entre les entreprises de mécanique générale - même si elles sont de plus en plus consommatrices d'électricité, en raison d'une robotisation en plein essor - et les industries métallurgiques, fortement énergivores, comme les forges et fonderies notamment. Celles-ci sont au nombre de 82 dans la région Sud-Est

Parmi les plus importantes : la fonderie Vénissieux (Renault Trucks) et Saint Jean Industries. Pour ce type d'industrie, les dépenses énergétiques ont fait un bond vertigineux ces derniers mois. Elles représentent désormais allégrement plus de 10%, en moyenne, du chiffre d'affaires et peuvent même atteindre 50% du CA dans certaines activités spécifiques. Soit bien au-dessus du seuil de 3% fixé par l'Etat pour bénéficier du bouclier tarifaire.

« Pour ceux qui doivent renouveler leurs contrats d'approvisionnement énergétique en ce moment, la situation est dramatique. Il y a parfois un facteur 10 entre leurs anciens tarifs et les nouveaux », tempête Günther Zahorka, président de l'Union des fondeurs du Sud-Est. « Une si forte hausse ne peut être répercutée intégralement sur les clients, surtout après les hausses de métaux déjà appliquées. Les clients comprennent mais vont finir par aller voir ailleurs. Y compris dans des pays où la production d'énergie est bien moins vertueuse qu'ici. L'impact carbone sera négatif... ».

Pour ces entreprises, au-delà de l'effort national lié à la pénurie, la sobriété énergétique prend donc tout son sens économique. Mais là-encore, pas de baguette magique. « Les process de fusion nécessitent une température précise des fours, il n'est pas possible de les abaisser de 10% », affirme le président régional de la filière régionale des fondeurs.

« Sans compter que le nombre de fonderies a été divisé par dix ces dernières décennies. Celles qui restent sont celles qui ont su se moderniser et qui s'appuient déjà sur des équipements performants. Des améliorations sont évidemment possibles mais les investissements seront lourds et pas immédiats ».

Parmi ces fondeurs en pleine tempête énergétique, Maxime Debono, dirigeant de la fonderie aluminium Roanne Fonderie (7 salariés, 1,4 million d'euros de chiffre d'affaires). Il explique envisager un investissement de 120.000 euros pour remplacer un de ses fours gaz par un four électrique qui pourrait, en plus de proposer un meilleur rendement, fonctionner la nuit en heures creuses. Car si l'énergie (gaz et électricité) représentait jusqu'ici 6 à 8% du chiffre d'affaires de Roanne Fonderie, la proportion va doubler dès le 1er janvier 2023, suite à la mise en place de son nouveau contrat énergétique. Contrat que Maxime Debono estime onéreux mais qui, signé en juillet dernier, « limite quand même les dégâts ».

Comme Roanne Fonderie, l'ensemble de la filière prise dans un double étau de pénurie et d'inflation galopante du prix de l'énergie (même limitée par le bouclier tarifaire), se voit aujourd'hui dans l'obligation absolue d'accélérer sa transition énergétique. Stéphanie Gallo Triouleyre