20 Minutes -

ÇA FLAMBE

Cette entreprise de 150 salariés du sud de Toulouse a vu sa facture énergétique doubler en deux ans et craint de la voir multiplier par huit l’an prochain. Son patron lance un appel au gouvernement pour une régulation des prix de l’électricité Au sein des Fonderies Dechaumont, à Muret, où la hausse des prix de l'énergie constitue un vrai risque pour l'équilibre financier de l'entreprise. — B. Colin / 20 Minutes

La hausse des prix de l’énergie touche de plein fouet les entreprises très consommatrices de gaz et d’électricité. A Muret, les Fonderies Dechaumont doivent faire face à une multiplication par huit des tarifs de l’électricité qui représente une part très importante de ses charges.

Le patron de cette entreprise de 150 salariés alerte sur les risques encourus et demande au gouvernement une régulation.

« D’habitude, on est plutôt "vivons bien, vivons discrets", mais là, la situation est grave », lâche Jean-Baptiste Dechaumont, patron des fonderies du même nom, créée en 1860 à Muret, au sud de Toulouse. Pour cette petite entreprise de 150 salariés qui produit des pièces en fonte pour la voirie ou le mobilier urbain, la crise énergétique ne se limite pas à un simple titre dans le flux d’actualité. Elle la touche de plein fouet.

C’est ce qui l’a décidé à faire appel la semaine dernière à Christophe Bex (Nupes), le nouveau député de sa circonscription. Dans une vidéo avec le parlementaire, il a mis en avant les risques encourus pour les fonderies si l’électricité continue à être négociée à un prix aussi élevé. Et l’élu a rappelé que si des emplois venaient à être détruits, il serait difficile après de les recréer.

Car pour faire tourner ses machines et ses fours, il consomme chaque année 11 gigas d’électricité, dont 70 % pour alimenter le processus de fusion. C’est l’équivalent de la consommation d’un village de 5.000 habitants. Ce qui lui a valu une facture d’électricité de 1,5 million d’euros cette année.

Hausse de 70 à 600 euros le MWh

Sur un chiffre d’affaires annuel de 20 millions d’euros, c’est loin d’être une paille. Alors, autant dire que ces dernières semaines, il a les yeux rivés sur le prix du kilowattheure et la crise énergétique qui secoue les pays européens depuis le début du conflit en Ukraine. « Il y a trois ans, ce budget était divisé par deux, à 750.000 euros, avec un contrat bien négocié en 2016 à 37 euros le MWh. L’an dernier nous l’avons négocié à 70 euros le MWh. Ce matin, le prix du MWh dépasse encore les 600 euros, complètement décorrélé des prix de production qui sont de 80 à 100 le MWh. Ça nous amènerait à des budgets énergétiques de 6 à 8 millions d’euros pour 2023. On ne pourra accepter une hausse aussi importante, ce serait dommageable pour les fonderies », explique à 20 Minutes le chef d’entreprise qui doit signer son nouveau contrat avec EDF d’ici le 31 octobre. Des contrats qu’il signait pour un, deux ou trois ans en fonction du prix qu’il avait réussi à négocier.

 Jean-Baptiste Dechaumont, patron des Fonderies Dechaumont à Muret, représente la 7e génération à diriger 
 cette entreprise familiale de 150 salariés. - B. Colin / 20 Minutes

Il se dit qu’il aurait dû signer l’année dernière pour deux ans. Mais, « sans boule de cristal » sur les intentions de la Russie à envahir l’Ukraine, il ne s’est pas engagé. Avec une pointe de regret. Même s’il hésite à s’imaginer sur des contrats très longs, car vu la place de la consommation d’énergie dans ses dépenses, 8 % de ses charges, il veut se laisser la possibilité d’acheter de l’électricité à un meilleur prix si jamais son prix retrouvait un tarif plus raisonnable.

 Là, s’il était obligé de répercuter la hausse actuelle sur les prix de ses produits manufacturés, les hausses 
 approcheraient les 30 à 40 %. Il pourrait alors ne plus être concurrentiel vis-à-vis d’autres entreprises 
 françaises et étrangères, qui souvent continuent à utiliser le coke de fonderie, à base de charbon nettement 
  moins cher mais clairement plus polluant que l’électricité. « Aujourd’hui, on se retrouve avec un prix de 
 l’électricité qui est multiplié par dix et un coke qui est multiplié par deux », déplore Jean-Baptiste 
 Dechaumont, qui a déjà dû gérer le Covid-19 et la hausse des matières premières au cours des deux dernières 
 années.

Reçu à Bercy la semaine prochaine

Pour lui, il y a un manque réel d’anticipation. La sonnette d’alarme avait déjà été tirée il y a un an avec le dépôt de bilan du fournisseur alternatif Hydroption. Depuis, nombreux sont ceux à se mobiliser pour demander la révision des règles de calcul des prix du marché. Des aides ont bien été mises en place en juillet pour les entreprises dont l’énergie représente plus de 3 % du chiffre d’affaires. Mais Fonderies Dechaumont n’y a pas eu droit. « Parce qu’on gagne de l’argent, peu, mais on en gagne », indique le patron.