LES ECHOS extraits

D'ici à 2025, la société germano-australienne veut livrer du lithium décarboné à partir des eaux géothermales du Rhin. Un projet à plus de deux milliards d'euros qui a convaincu Renault, Volkswagen et Stellantis

Vulcan Energy mise sur le boom de la demande de lithium en Europe.

En 2021, Vulcan Energy a annoncé des contrats avec Renault, Stellantis et Volkswagen… Avant, cerise sur le gâteau, d'accueillir Stellantis à son capital en juin, avec un investissement de 50 millions d'euros.

A quoi tient ce succès ? Installé à Perth (Australie) et à Karlsruhe (Rhénanie-Palatinat), Vulcan Energy s'est positionné sur un marché chaud comme la braise : celui du lithium, en promettant un processus de production neutre en carbone.

Le lithium joue en effet un rôle paradoxal dans la transition énergétique. Utilisé dans les batteries, le matériau est indispensable au virage vers la voiture électrique. Mais sa production a un impact lourd sur l'environnement.

Vulcan Energy propose d'utiliser le lithium des eaux géothermales. L'idée est de pomper la saumure située en profondeur, d'en extraire le lithium, d'utiliser la chaleur pour produire de l'électricité renouvelable puis de réinjecter l'eau dans le sol. D'après Vulcan, le coût de production serait près de deux fois inférieur à celui des salars et plus de dix fois à celui des mines. Surtout, la production de chaleur ou d'électricité renouvelable couvre l'impact carbone du procédé d'extraction.

Pour les constructeurs automobiles, l'intérêt est évident. « Stellantis s'est engagé à réduire ses émissions de 50 % en 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2038. Dans ce cadre, la totalité du cycle doit être maîtrisée, ce qui nécessite de remonter toute la chaîne jusqu'à l'impact carbone de l'extraction du lithium »,

Pourquoi avoir choisi l'Allemagne plutôt que la France ? 'Les deux tiers des eaux géothermales de la vallée du Rhin sont situées en Allemagne et l'obtention des permis y est beaucoup plus rapide qu'en France.'

Un contact sur LinkedIn

 trouver des saumures suffisamment chargées en lithium. Deux zones sont identifiées, dotées chacune d'une 
 teneur de 181 mg de lithium par litre : la mer de Salton en Californie, un lac salé d'un millier de km² en plein 
 désert, et la vallée du Rhin. Francis Wedin choisit le Rhin. Le virage vers le véhicule électrique est plus fort en 
 Europe, la géothermie suscite de l'intérêt en Allemagne et la saumure du Rhin contient moins d'impuretés 
 que celle de Californie.
 Il faut ensuite trouver un appui local. En 2018, Francis Wedin contacte sur LinkedIn Horst Kreuter, un géologue 
 allemand qui possède une société d'ingénierie en géothermie. Les deux hommes acquièrent des permis en 
 Allemagne l'année suivante.

Les deux cofondateurs de Vulcan Energy, Francis Wedin et Horst Kreuter.

Une « éponge » à lithium L'extraction directe du lithium intervient juste avant le « retour à l'envoyeur ». Quatre colonnes filtrent une saumure préalablement purifiée. A l'intérieur, des solides blancs conçus par l'américain Dupont jouent un rôle « d'éponge » à lithium. « L'absorbant est très sélectif et permet de récupérer des solutions de chlorure de lithium à la fois enrichies en lithium et purifiées. On récupère aujourd'hui 1 gramme de lithium par litre de saumure (exprimé en équivalent carbonate de lithium). L'installation pilote traite environ 20 litres de saumure par heure », explique Benoît Girard, le patron de l'installation. Une électrolyse transforme ensuite la solution en hydroxyde de lithium de « qualité batterie ».

Barbara Pompili : « La France doit extraire du lithium sur son territoire »

Confiant, Vulcan Energy a réalisé ou acheté des études sismiques 2D et 3D permettant de modéliser l'évolution du comportement des réservoirs sur deux de ses permis. El

Les Stellantis, Renault, LG, Omnicore, Volkswagen et consorts prennent-ils un risque si la production n'est pas au rendez-vous ? Un accord en direct avec un producteur de lithium n'empêche pas les fabricants de voitures, de cathodes et de batteries d'assurer leurs arrières avec les cinq fournisseurs de lithium de la planète (les américains Albemarle et Livent, le chilien SQM et les chinois Tianqi et Ganfeng). Mais comme leur production est polluante, ce n'est pas forcément utile de communiquer sur les contrats.