LES ECHOS -

L'usine Renault de Cléon choisie par le groupe en 2011 pour fabriquer son moteur électrique, va décoller dans l'électrique avec deux moteurs supplémentaires en 2022. Parallèlement, l'usine va continuer à réduire ses cadences dans le moteur thermique, sa spécialité depuis soixante ans. L'usine Renault de Cléon, spécialisée depuis soixante ans dans les moteurs et les boîtes de vitesses, est en train de basculer vers l'électrique.

Exit les cylindres et les pistons. Place aux stators et aux rotors.

L'usine Renault de Cléon, spécialisée depuis soixante ans dans les moteurs et les boîtes de vitesses, est en train de basculer vers l'électrique. Les 3.200 salariés et les 700 intérimaires du site, qui produit le moteur de la ZOE depuis 2015, viennent d'apprendre qu'ils fabriqueraient dans les prochains mois deux nouveaux moteurs électriques : le bloc 160 kW de la future Mégane électrique et le 100 kW de la future Renault 5 électrique , sans oublier les carters en aluminium qui seront coulés par la fonderie accolée à l'usine.

Dans un mouvement inverse, le site continue de ralentir sur les moteurs thermiques, dont la production a déjà chuté de 60 % en quatre ans, passant de 892.000 unités en 2017 à 317.000 en 2021 - contre 272.000 moteurs électriques l'an dernier.

Deux fins de vie

« Deux moteurs thermiques vont s'arrêter au printemps 2022, affirme la direction de Renault Cléon. Un moteur essence de 40 ans qui arrive en fin de vie destiné majoritairement au Duster à l'export et un moteur diesel, qui équipe, entre autres, le Trafic ou le Nissan X Trail, qui ne répondra plus, à terme, aux normes antipollution européennes ».

En revanche, Cléon va continuer d'usiner et d'assembler le moteur diesel « M9 » et la boîte de vitesses associée équipant les véhicules utilitaires de Renault. « La fin de vie pour ce moteur n'est pas pour tout de suite », rassure la direction, qui a investi 290 millions pour passer à l'électron.

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« Fonte régulière des effectifs »

Le double mouvement n'est pas sans conséquence sur les effectifs. Le site s'est déjà allégé de 400 CDI et de 1.000 intérimaires en l'espace de trois ans. « Le moteur thermique et le moteur électrique, ce n'est pas un pour un en termes de charge de travail, souligne William Audoux, secrétaire du syndicat CGT de Renault Cléon, premier syndicat du site. Le premier requiert plus de main-d'oeuvre que le second ».

Si la direction ne communique pas sur ce sujet sensible, le syndicaliste prédit, lui, une « poursuite de la fonte régulière des effectifs ».



« La direction nous dit qu'il n'y aura globalement pas de perte d'emplois, mais cela dépendra des volumes à produire dans l'électrique qui dépendront eux-mêmes des ventes », analyse le syndicaliste. « Qui pourra se payer une Renault 5 électrique à plus de 30.000 euros, en concurrence avec une Dacia Spring importée de Chine à 13.000 euros ? » s'inquiète-t-il.

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A contrario, Laëtitia Tapin, responsable FO, estime que l'usine va « connaître une forte croissance avec l'électrique ». Elle croit savoir que l'objectif assigné à l'usine est d'accroître de 60 % entre 2021 et 2024 la production de moteurs électriques.

La direction de Renault ne communique pas ses objectifs prévisionnels. Tout au plus affiche-t-elle une « capacité de production » pour l'e-moteur de 360.000 unités par an, soit une forte montée en puissance pour un moteur dont la fabrication a démarré en 2020. « Cela découle de ce que toute notre gamme Renault va avoir une proposition électrifiée », indique un porte-parole du groupe Renault.

11 machines école

Pour le « château » - surnom donné à l'usine de Cléon dans le groupe du fait de son niveau d'expertise, de sa taille et de la valeur de ses actifs, la priorité est désormais de réussir la bascule des compétences. « Les process d'usinage sont des procédés de coupe et d'enlèvement de matière, alors que les process du moteur électrique reposent sur de la chimie, de l'électricité et du magnétisme », résume la direction de l'usine.

Quelque 500 reconversions sont prévues avec un parcours de formation de 19 jours pour un opérateur et de 35 jours pour un technicien. Sur les 11 machines école nouvellement implantées, les salariés se forment notamment au pilotage des machines de bobinage du fil de cuivre et au « résinage » des fils de cuivre pour l'isolation électrique.

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