Le Monde

Le constructeur ne croit pas au projet de reprise porté par un ancien dirigeant du site. Une décision qui devrait condamner cette usine de 340 salariés à la liquidation.

« Je suis estomaquée », réagit Sandrine. Cette infirmière, employée de la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM) de Viviez, dans l’ancien bassin houiller de Decazeville (Aveyron), n’en croit pas ses yeux. Mardi 23 novembre en début de soirée, depuis sa maison située à Querbes, un hameau situé à une vingtaine de kilomètres de cette usine qui fabrique des pièces automobiles, elle lit sur Internet tous les articles de presse qui mentionnent le refus de Renault de soutenir l’unique offre de reprise, portée par Patrick Bellity, dirigeant de cette fonderie jusqu’en juin 2016, et actuellement patron du groupe Alty et de sa filiale Sifa Technologies.

Reprise en 2017 par le groupe chinois Jinjiang, la SAM, installée sur les hauteurs de Decazeville, avait été placée en redressement judiciaire le 10 décembre 2019, puis, le 16 septembre, en liquidation judiciaire avec poursuite d’activité jusqu’au 10 décembre. Mardi, en fin de journée, c’est par la voix d’un communiqué de presse que Renault, l’unique client de la SAM, clarifie sa position à l’égard de cette offre de reprise et douche, dans le même temps, le mince espoir des salariés.

Si le constructeur automobile a décidé de soutenir le plan de reprise d’un autre sous-traitant en difficulté (Alvance Aluminium Wheels et ses 280 salariés basé à Diors, dans l’Indre, repris par le groupe Saint-Jean Industries), ce n’est pas le cas pour la SAM. « Renault Group ne peut s’engager sur le projet de reprise d’Alty-Sifa », indique le constructeur, qui motive sa décision par la fragilité financière de cette candidature : « Cette offre ne présente pas les conditions de pérennité et de sécurité nécessaires pour l’entreprise et ses salariés. Il existe de forts doutes sur la solidité financière, malgré les supports financiers externes envisagés, et les réelles capacités d’investissement et de redressement de Jinjiang SAM par Alty-Sifa. »

« Il fallait une décision en haut lieu »

Une source proche du dossier va plus loin, affirmant que « ce projet, pas viable, est porté par un repreneur qui a démontré qu’il n’est pas crédible. Pour une fois, Renault est droit dans ses bottes et assume ce que le gouvernement et les élus n’osent pas reconnaître en période électorale. » « Ce n’est que du blabla. C’est impossible d’écrire des trucs pareils pour supprimer des emplois. Ça sonne creux et c’est scandaleux », tonne Sandrine, emportée par la colère.