Les Echos sur la recommandation d'Hubert Grandemange ici remercié.

L'un des grands créanciers de l'empire Gupta, le fonds américain American Industrial Partners (AIP), a annoncé être devenu propriétaire d'Aluminium Dunkerque, ex-fleuron du groupe Pechiney, à la suite d'un défaut de paiement. Une prise de contrôle avalisée par Bercy mais contestée par Gupta.

La faillite retentissante de l'empire Gupta continue de faire des remous en France. Après la reprise des usines d'Ascoval et d'Hayange par l'allemand Saarstahl , en août dernier, c'est aujourd'hui le gros morceau de la nébuleuse GFG Alliance dans l'Hexagone, Aluminium Dunkerque, qui est en train de changer de mains. Ou en tout cas, qui fait l'objet d'une rude bataille entre le conglomérat de Sanjeev Gupta et l'un de ses grands créanciers, le fonds d'investissement américain American Industrial Partners (AIP).

Ce dernier a en effet annoncé vendredi qu'Aluminium Dunkerque, la plus grande fonderie l'aluminium d'Europe, lui appartenait désormais. AIP, qui détenait des actions d'Aluminium Dunkerque en garantie d'un financement mezzanine apporté à la société, a saisi ces actions à la suite d'un défaut de paiement. « En conséquence, AIP est désormais le propriétaire légal des structures qui possèdent et gèrent Aluminium Dunkerque », explique le fonds dans un communiqué, affirmant avoir obtenu l'approbation du Bureau du contrôle des investissements étrangers en France.

Graves difficultés financières

Les ministres de l'Economie et de l'Industrie, Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher, ont « pris acte » de cette prise de contrôle « qui permet de stabiliser l'actionnariat de l'entreprise », explique un communiqué de Bercy. Elle « doit cependant encore se concrétiser opérationnellement dans les prochains jours ». Le gouvernement sera très attentif à ce qu'elle ne perturbe pas les opérations du site, poursuit-il.

Réalisant 600 millions d'euros de chiffre d'affaires et employant 630 salariés, l'ancien fleuron de Pechiney est en effet l'une des rares pépites du conglomérat. Avec une production de285.000 millions de tonnes d'aluminium par an, c'est l'une des seules à être profitable, même si elle est encore plombée par sa dette d'acquisition. Le magnat anglo-indien l'avait rachetée à Rio Tinto en 2018 pour 500 millions d'euros, dont 80 % par endettement - avec la bénédiction des pouvoirs publics français.

Stratégie industrielle

« Nous avons le vent dans le dos avec les prix élevés de l'aluminium , même si le coût de l'énergie explose, avance Pascal David, délégué CFE CGC de la fonderie. Mais nous avons besoin d'une stratégie industrielle sur le long terme. » Un CSE extraordinaire doit se tenir lundi 4 octobre à Dunkerque.

Les syndicats ne voient pas l'arrivée d'AIP d'un mauvais oeil. Le fonds américain opère des actifs similaires aux Etats-Unis et n'a pas l'intention de bouleverser la gestion de la société. Il avait racheté la dette de GFG Alliance dans l'aluminium en avril dernier. Il a déjà tenté de prendre le contrôle cet été du laminoir d'aluminium belge Duffel, que GFG Alliance avait racheté l'an dernier, et qui assure des débouchés intéressants à la fonderie de Dunkerque. Sans issue claire non plus pour le moment.