France Inter publié le 30 juin 2021 à 6h01 et la recommandation de notre ami fondeur Hubert Grandemange.

En alerte sur un secteur de l'automobile en pleine mutation, le patron de la CFDT, Laurent Berger et Nicolas Hulot avec sa fondation cosignent un rapport pour une transition juste dans la filière automobile en pleine tourmente.

L'usine Renault de Flins

La Fondation Nicolas Hulot et la CFDT Métallurgie ont travaillé pendant un an et analysé la filière automobile française pour en explorer les futurs possibles, à travers quatre scénarios contrastés. Le premier de ces scénarios part d'un constat de crise pour la filière automobile française, et annonce, avec la poursuite de la tendance actuelle, la fin de l’industrie automobile en France. À partir de là, l'idée a été d'imaginer un redressement de la situation, en conciliant justice sociale et transition écologique. Première étape : l'appel à des états généraux de l’automobile.

La décarbonation totale de l’industrie

Le constat de départ selon les rapporteurs est que "le plan de relance automobile annoncé en 2020 au plus fort de la crise sanitaire par le Président ne permet pas d’enrayer le déclin des deux dernières décennies ni d’assurer à terme la localisation en France de la production des moteurs, batteries et véhicules électriques". C'est pour cette raison que la tenue d'états généraux semblent importants à leurs yeux.

Toute leur réflexion repose donc sur la "nécessité d'anticiper, dès maintenant, la décarbonation totale de l’industrie, et l’exigence de sobriété qui orientera la gestion de nos ressources et les usages. Demain la compétitivité reposera de plus en plus sur la capacité à réduire les consommations d’énergie et de matières."

Une transition vers la voiture électrique socialement juste

La voiture électrique sauvera-t-elle l'industrie auto française ? Pas forcément si on importe les batteries. Pour la première fois, en 2020, les véhicules électriques et hybrides rechargeables dépassent la barre des 10 % de part de marché en Europe et en France. "Ils domineront les ventes d’ici quelques années" lit-on dans le rapport. "Mais l’Europe a engagé le virage vers l’électrique avec un temps de retard". Les batteries, qui concentrent 40% de la valeur ajoutée des véhicules électriques, sont aujourd’hui fabriquées en Asie. Le nombre de véhicules assemblés en France est passé de trois millions au début des années 2000 à deux millions en 2020. Si l'industrie passe à la voiture électrique massivement, les emplois vont-ils disparaître ? Les rapporteurs veulent trouver la voie du juste milieu, entre transition écologique et emplois.

"Le virage, même accéléré, vers l’électromobilité ne justifie aucune fermeture de site à court terme. Nous nous tenons au côté des salarié.e.s qui, aujourd’hui, subissent la poursuite de la stratégie de moindre coût qui, depuis 15 ans, a tant affaibli le tissu productif français." expliquent les rapporteurs.

Le scénario défendu dans le rapport vise un objectif de "zéro salarié sur le carreau", avec en 2030, un total de 2 millions de véhicules assemblés et 2,3 millions de moteur, et in fine, "au point d’arrivée de notre scénario de transition juste, en 2050, la filière moteur affiche 33% d’emplois supplémentaires par rapport à un scénario de poursuite des politiques actuelles. Cette filière électromobilité dynamique pourra avoir un impact positif sur la filière auto dans et le tissu économique (sous-traitants, services…)".

En Allemagne, une voiture vendue sur 4 est électrique ou hybride

L'Allemagne va augmenter son parc de bornes de recharge pour les voitures électriques Une feuille de route

Pour atteindre ces objectifs, tout commencerait donc par des états généraux, que la CFDT et la Fondation Hulot souhaitent voir rassembler à l'initiative du gouvernement. Ils ne sont qu'une première étape. La suite est balisée : relocalisation, accompagnement des salariés alors que 10 000 suppressions d'emplois s'annoncent dans les cinq ans à venir, réutilisation des compétences actuelles dans le plan de réindustrialisation, gouvernance ouverte entre dirigeants, syndicats, et pôles d'activités.

Cette restructuration de l’appareil productif autour de l’électromobilité dans une optique de réindustrialisation aurait pour conséquence en 2030, la production de 2,3 millions de moteurs produits en France, pour deux millions de véhicules assemblés, et 100 Gwh de batteries au sein d’une filière intégrée.

POTENTIEL D'EMPLOIS À CRÉER AVEC LE PASSAGE À LA VOITURE ÉLECTRIQUE

Dans la perspective de la fin de la production de véhicules thermiques en 2030, voici les prévisions d'emplois à créer :

15 000 emplois pour fabriquer des BATTERIES

9 000 emplois dans le domaine du RECYCLAGE

5725 emplois dans le domaine du RETROFIT (réaménagement des voitures thermiques)