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A Saclay, le pôle d'écoles autour de Polytechnique se voit parmi les premiers mondiaux d'ici à 2030

L'Institut polytechnique de Paris, le pôle de cinq écoles d'ingénieurs de Saclay, entend doubler son budget d'ici à dix ans et vise le Top 30 ou le Top 40 mondial. Il mise notamment sur la création de centres de recherche. Son président, Eric Labaye, veut aussi augmenter le nombre d'étudiants de 30 % d'ici à 2030.

Pour Eric Labaye, président de l'X et de l'Institut polytechnique de Paris , c'est « la pointe de l'iceberg » : IP Paris vient de faire son entrée dans le Top 50 des universités mondiales du très réputé classement QS (Quacquarelli Symonds), à la 49e place. L'an dernier, seule l'Ecole polytechnique était classée (61e).

IP Paris est né, en 2019, de la scission du plateau de Saclay . Ce pôle d'écoles d'ingénieurs regroupe Polytechnique, Ensta Paris, Télécom Paris, Télécom SudParis et Ensae Paris.

Cette 49e place illustre une « meilleure reconnaissance des chercheurs » et un « progrès sur la visibilité de la recherche », se félicite Eric Labaye, dans un entretien aux « Echos ». Il envisage, « à l'horizon 2030 », une entrée « dans le Top 30 ou 40 de ce classement des institutions qui comptent au niveau mondial ». Pour cela, il faut « accroître la taille de la recherche de façon significative », explique-t-il.

Un nouveau centre de recherches Cela passe d'abord par la création de centres interdisciplinaires. Après le climat et l'énergie puis l'intelligence artificielle, le Centre interdisciplinaire d'études pour la défense et la sécurité (CIEDS) vient de voir le jour. Le financement initial proviendra du ministère des Armées, à hauteur de 10 millions d'euros par an, sur projets. IP Paris s'est engagé à « aller chercher 10 millions d'argent additionnel via des appels à projets ou des contrats avec des entreprises ».

Car Eric Labaye veut doter chaque centre « d'au moins 20 millions d'euros de budget d'ici à quelques années, pour avoir une puissance de recherche pertinente ». Un quatrième centre doit voir le jour à la fin de l'année, dans le biomédical.

IP Paris s'est aussi organisé en dix « départements » pour arrêter une stratégie disciplinaire commune, en mathématiques, en mécanique, en informatique, etc. Les patrons des dix départements doivent être élus le mois prochain. L'un des enjeux sera d'assurer le recrutement coordonné d'enseignants-chercheurs, considéré comme le nerf de la guerre pour la compétitivité internationale.

Plusieurs axes de financement

Le président d'IP Paris veut « mettre de plus en plus de choses en commun ». Il détaille ce qui a été fait ou enclenché dans la formation (la « graduate school »), dans les discussions avec les organismes de recherche ou pour la politique de logement sur le campus. Les « synergies » doivent « dégager des marges de manoeuvre » et permettre de « doubler la taille de l'Institut en termes financiers en passant de 400 millions à 800 millions d'euros d'ici à 2030 ». D'ici là, le nombre d'étudiants doit aussi « augmenter d'environ 30 % ».

Pour « changer d'échelle financière », le pôle d'écoles mise sur plusieurs financements : le futur contrat d'objectifs et de performance avec le ministère des Armées (2022-2026), un éventuel soutien de Bercy, des appels à projets (plan de relance, PIA4, projets européens) ou encore « le soutien philanthropique », avec une levée de fonds qui « sera de l'ordre de 200 millions d'euros ».

« Avancer » sur les droits d'inscription Une augmentation des droits d'inscription est-elle envisagée ? « Ce sera un axe de travail comme un autre sur lequel il faut avancer, répond Eric Labaye. Mais ce n'est pas le premier axe sur lequel on travaille pour doubler le financement. »

Tous ces rapprochements préfigurent-ils une fusion, ou bien IP Paris n'est-il qu'une simple « juxtaposition de grandes écoles » incompatible avec « un modèle universitaire de recherche », comme l'affirmait l'ex-président de Polytechnique, Jacques Biot, dans une interview au média spécialisé « News Tank » ? « On a une forte approche intégratrice, rétorque Eric Labaye. Mais la suppression des écoles n'est pas notre objectif. Les cycles ingénieurs, qui ont 200 ans d'histoire, sont là pour rester, nous sommes en train de nous assurer de leur compétitivité pour continuer à les développer. »

Les ambitions du nouveau patron des grandes écoles

L'alliance avec HEC Paris est, elle aussi, « en train de se renforcer », assure-t-il. Et quatre ans après la scission du plateau de Saclay actée par Emmanuel Macron , un autre rapprochement va se faire avec l'Université Paris-Saclay autour de Quantum, un centre de recherche et de formation dans le domaine du quantique.

En 2017, Emmanuel Macron avait évoqué une évolution du pôle d'écoles d'ingénieurs « vers un MIT ou une EPFL à la française », deux institutions de renommée mondiale. La comparaison avait fait sourire. Le MIT bénéficie de 1 milliard de projets de la Défense américaine, une subvention qui a crû depuis les années 1950. Rapporté au budget du ministère des Armées, cela représenterait 60 millions d'euros de projets pour le CIEDS contre 10 aujourd'hui, a calculé Eric Labaye. « J'espère juste qu'on ne mettra pas soixante-dix ans pour les atteindre. »