Les Echos -Patrick Joubert cofondateur et président de Ponicode + photos Piwi

L'industrie européenne est aujourd'hui incapable de concevoir rapidement des logiciels fiables et ergonomes, déplore l'entrepreneur Patrick Joubert. Elle devra très vite rattraper son retard si elle ne veut pas se laisser manger par ses concurrents asiatiques et américains.

Le 18 mai dernier, la Chancelière Angela Merkel a exhorté les acteurs économiques et industriels allemands à s'approprier rapidement les savoir-faire numériques afin de maintenir la position dominante des industries d’outre-Rhin

Les savoir-faire dans l’automobile, l’industrie chimique ou électrique ne se suffisent plus à eux-mêmes. La nouvelle révolution industrielle, appelée "Industrie 4.0", celle de l’automatisation et de l'accélération des pratiques industrielles traditionnelles à l'aide des nouvelles technologies numériques, a bousculé la vieille usine européenne.

La menace est concrète pour l’Allemagne, à l’heure où Tesla installe sa première usine européenne en territoire germanique, narguant ainsi les ingénieurs allemands. Tout un symbole pour cette industrie traditionnelle bousculée par Elon Musk qui a su prouver que le logiciel pouvait devenir le centre névralgique du produit.

French Touch

On voit les atouts uniques que la France peut mettre sur la table. Cinquième éditeur de logiciels au monde, la French Touch se décline aussi dans le savoir-faire logiciel : notre économie se démarque grâce aux compétences de très haut niveau issues de notre paysage universitaire. "Les ingénieurs français s'adaptent bien plus vite aux nouvelles technologies. Ils ont les clés pour comprendre", déclarait Pierre Baylet, directeur du développement de l'Institut Mines-Télécom. Nous bénéficions également de nombreuses synergies entre le secteur public et le secteur privé qui permet de mettre notre savoir au service de la réussite économique du pays. Enfin la France a su rester un territoire attractif pour les capitaux, ils nourrissent aujourd’hui un écosystème de start-ups extrêmement dynamique. Pourquoi a-t-on alors l’impression persistante que qualité, innovation et rapidité d'exécution sont des termes irréconciliables quand il s’agit de production française? Les grandes entreprises du CAC 40 semblent difficilement s’adapter à ce nouveau tempo imposé par la digitalisation. Pourtant nombreuses sont les innovations européennes en matière d'outillage de la production de logiciels. A nous de veiller à ne pas laisser les économies étrangères les absorber et les tourner à leur avantage. Après la fuite des cerveaux c’est la fuite des outils que nous devons craindre.