Les Echos -

L'actuel directeur général d'Arts et métiers, Laurent Champaney, prend la tête de la Conférence des grandes écoles, ce mardi. Il évoque pour « Les Echos » l'image des grandes écoles, la diversité ou encore la hausse envisagée des frais de scolarité. A l'heure où des politiques assurent qu'il est trop tôt pour en parler, lui assume parfaitement : « Le gros dossier pour les écoles, c'est l'élection présidentielle, et le contexte post-crise sanitaire. » Laurent Champaney, l'actuel directeur général d'Arts et métiers, doit prendre la tête de la Conférence des grandes écoles (CGE), ce mardi. Il succède à la présidente de l'Institut Agro, Anne-Lucie Wack, qui a enchaîné trois mandats depuis 2015 - le maximum autorisé.

Dans le contexte actuel, il y a « la volonté de relance économique, mais avec des entreprises plus responsables socialement et vis-à-vis de l'environnement », souligne Laurent Champaney, dans un entretien aux « Echos ». Il faut donc que les grandes écoles soient « l'endroit où l'on se prépare à changer l'entreprise ».

« Une vraie difficulté » avec la réforme du bac Or, l'image qui leur « colle à la peau » est « celle d'un milieu fermé, avec des cultures obscures et la discrimination à l'entrée », « comme pour les entreprises », admet-il. Avancer sur le sujet de la diversité ne sera pas simple, car « les écoles font beaucoup d'efforts mais, en amont, le vivier ne change pas ». Et la réforme du bac pose « une vraie difficulté » : « Les jeunes qui s'orientent en classe préparatoire aux écoles d'ingénieurs ou de management choisissent la doublette mathématiques et physique-chimie, sont plutôt une population masculine et issue des milieux sociaux les plus aisés ».

Laurent Champaney, l'actuel directeur général d'Arts et métiers, doit prendre la tête de la Conférence des grandes écoles (CGE), ce mardi. Laurent Champaney, l'actuel directeur général d'Arts et métiers, doit prendre la tête de la Conférence des grandes écoles (CGE), ce mardi.Arts et Métiers

Pour gommer « l'image d'élitisme et de tri social », les écoles « ont ouvert leurs portes à d'autres recrutements », et misent sur l'apprentissage. Mais Laurent Champaney se dit « inquiet » des financements à venir et appelle les entreprises à « un changement culturel, pour compléter le financement de ces formations ».

« Augmenter les frais de scolarité »

La problématique est similaire pour les droits de scolarité, estime-t-il : « On est habitués à considérer que l'Etat finance très fortement les études, or il va falloir que tout le monde participe, y compris les familles. On ne peut pas toujours compter sur nos deniers publics pour financer les études, d'autant que, lorsqu'on rentre dans une grande école, il y a un accès à l'emploi derrière, et donc une certaine valeur. » Il faut « changer de logique » et « augmenter les frais de scolarité des grandes écoles d'ingénieurs publiques », plaide-t-il encore.

Pour les étudiants et leurs familles, le prêt à remboursement contingent (PARC), proposé par le délégué général de La République En marche, Stanislas Guérini, lui semble être « un outil intéressant ».

Sur l'environnement, autre enjeu de taille, Laurent Champaney préconise « deux approches complémentaires » : « Ne pas faire du greenwashing en se contentant d'ajouter un cours sur le climat », et surtout « former des jeunes, qui sont souvent des militants avec une vue parfois étroite des choses », alors que des entreprises « butent sur leur recrutement ». « Si Total veut développer l'hydrogène, elle a besoin de jeunes pour le faire », glisse-t-il.

« Une escalade dans la notation »

Le nouveau président de la CGE évoque encore Parcoursup et dénonce une « dérive et une paranoïa liées à l'anonymisation » et « au rôle des notes ». « Ce qui reste dans un dossier pour différencier tel ou tel candidat, ce sont surtout les notes. Or, on a une escalade dans la notation, et quand il faut choisir des candidats qui ont tous entre 17 et 19, on ne sait plus sur quels critères on les sélectionne, ce qui crée de l'insatisfaction ». Il préconise de « faire entrer dans Parcoursup beaucoup plus d'examens nationaux pour sortir de cette escalade », alors même que l'Education nationale envisage un mouvement inverse .

Avant la rentrée prochaine, il évoque « l'attente de tous sur le présentiel ». Mais « attention à ne pas faire un retour 100 % en arrière où on abandonnerait le numérique, prévient-il, car les enseignements hybrides que nous proposons préparent aux nouveaux modèles dans les entreprises, avec de plus en plus de télétravail ». « Il faudra maintenir la pression à la rentrée pour entretenir cela », insiste-t-il. Pour que le monde d'après ne soit pas un simple retour au monde d'avant.