C'est l'épilogue d'un feuilleton industriel qui polluait l'économie italienne. Celui sur l'avenir de l'Ilva, l'une des plus grandes aciéries européennes, située à Tarente, dans les Pouilles. Vingt-six ans après l'avoir cédé à la famille Riva, l'Etat fait son grand retour dans une entreprise mise sous séquestre en 2013 en raison de sa pollution mortelle, puis reprise en 2018 par ArcelorMittal. Un propriétaire incapable d'honorer sa promesse de hausse significative d'une production qu'il s'était engagé à rendre « plus verte ». Le géant de la sidérurgie avait annoncé un possible retrait en 2019 en payant 500 millions d'euros d'indemnités avant de trouver un accord avec le gouvernement italien en décembre dernier.

Acier bas carbone Celui-ci a été finalisé mercredi, et prévoit une augmentation de capital de 400 millions d'euros d'AM InvestCo, la filiale d'ArcelorMittal qui contrôle l'aciérie. Elle a été souscrite par Invitalia, l'agence de l'investissement étranger et du développement des entreprises du ministère des Finances. Cette opération donne naissance à un partenariat public-privé au sein d'une nouvelle entité baptisée « Acciaierie d'Italia ». L'Etat italien détient 38 % de son capital et 50 % des droits de vote. Un nouvel investissement de 680 millions d'euros interviendra d'ici à mai 2022, ce qui lui permettra de contrôler à terme 60 % des parts. Les 40 % restant resteront en la possession d'ArcelorMittal, qui investira 70 millions.

ArcelorMittal veut produire 600.000 tonnes d'acier « vert » en 2022

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Le dernier plan stratégique 2020-2025 prévoit de porter la production annuelle d'un peu plus de 3 millions de tonnes à 8 millions. Grâce au recours à l'hydrogène, il s'agira d'une « production d'acier bas carbone », insiste-t-on chez le sidérurgiste. Il s'agit aussi de préserver l'emploi des quelque 10.700 salariés, dont la plupart ont été placés en chômage partiel.

Un plan qui laisse sceptique Ce plan laisse sceptique les observateurs, à commencer par le Boston Consulting Group (BCG). Le cabinet de conseil en stratégie estime nécessaire des investissements d'au moins 5 milliards d'euros et une réduction de moitié de la masse salariale.

Le nouveau conseil d'administration, qui se réunira pour la première fois vendredi, devra répondre surtout aux inquiétudes de la région des Pouilles, dont l'économie repose en grande partie sur l'avenir de ce site industriel. Ce conseil sera composé de 6 membres, dont la moitié sera nommée par l'Etat, qui désignera également le président. Il devrait s'agir de Franco Bernabè, déjà à la tête de l'ENI et de Telecom Italia.

« L'annonce de la naissance d'Acciaierie d'Italia est un signe concret pour sortir de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons depuis des mois », se sont félicités les syndicats. « Avec le retour de l'Etat, une nouvelle ère s'ouvre. Il faut maintenant rattraper le temps perdu », ont-ils aussi déclaré. Le ministre du Développement économique, Giancarlo Giorgetti, promet « que la relance de l'ex-Ilva s'inscrira dans une stratégie nationale sur l'acier qui pourra bénéficier des ressources du plan de relance européen dont l'Italie est la principale bénéficiaire ».