Pas assez compétitive Face à la fronde des élus locaux, Renault avait toutefois accepté de lancer une revue stratégique et confié au cabinet Advancy la mission d'étudier toutes les options possibles pour cette usine, qui fabrique des pièces en fonte pour l'automobile. Les organisations syndicales avaient elles aussi commandé un rapport d'expertise au cabinet indépendant Secafi.

Or, selon Advancy, la Fonderie de Bretagne n'est pas assez compétitive et doit diversifier ses activités. Ses prix de revient sont bien au-dessus de ceux du marché. En l'état, elle accumulera 110 millions d'euros de pertes sur les dix prochaines années.

Renault veut sortir de son giron la Fonderie de Bretagne

La société perd de l'argent depuis plusieurs années. Elle avait été détruite par un incendie et reconstruite en 2019 (une opération dans laquelle Renault a injecté 99 millions d'euros). Elle a affiché cette année-là un déficit 20 millions d'euros pour 43 millions de chiffre d'affaires. « Aucun scénario étudié ne permet d'atteindre l'équilibre en cash-flow », indique Advancy.

« Douche froide » Un autre acteur du secteur serait plus à même de développer à Caudan « une activité pérenne », explique la direction. Partout en France, la fonderie pour l'automobile est soumise à de forts vents contraires depuis de nombreux mois, en raison de la chute du Diesel et du virage du secteur vers l'électrique, qui conduit les constructeurs à se tourner vers des matériaux plus légers, comme l'aluminium. Mais la société pourrait intéresser des fondeurs cherchant à s'implanter en Europe ou à compléter leur portefeuille, souligne Advancy.

La fonderie automobile française menacée par l'électrique et le dumping

Les salariés et les élus locaux ont vivement réagi dès jeudi à cette annonce. Maël Le Goff, représentant local CGT, a évoqué une « trahison ». Pour Franck Daoût, délégué central CFDT, il s'agit d'une décision « malhonnête et déloyale, voire irresponsable ». « Cette annonce a fait l'effet d'une douche froide, alors que les discussions semblaient aller dans le bon sens », s'indigne le syndicaliste.

Plan d'économies

« La revue stratégique s'est achevée il y a quinze jours sur plusieurs pistes de travail. En particulier, la société a mis en place des actions de redressement des coûts et de modernisation de process. La recherche d'un repreneur n'était qu'une hypothèse, envisagée si ces actions ne portaient pas leurs fruits. Et le rapport Secafi montre qu'il est possible de revenir à l'équilibre dès 2021 ou 2022 », poursuit-il. Les syndicalistes promettent des actions sur le site dans les prochains jours.

Le député La République En marche du Morbihan, Jean-Michel Jacques, a dénoncé le « cynisme » de Renault et « une décision arbitraire ». Le maire de Lorient, Fabrice Loher, et le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, ont demandé un entretien avec le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire. Ce projet de cession s'inscrit dans un plan plus global d'économies lancé par Renault mi-2020, visant à économiser 2 milliards d'euros par an en trois ans, et passant par la suppression de 15.000 postes dans le monde, dont 4.600 en France.