Et certains gros clients commencent à s'impatienter, à l'instar du directeur général d'Air Lease, le premier loueur mondial d'avions, John Plueger, qui a publiquement exprimé ses inquiétudes, lors d'une conférence avec des investisseurs. Pour lui, les problèmes du 787 « semblent s'être multipliés. Il y a de plus en plus d'inspections en cours, constate-t-il. Et pour l'heure, il est difficile de voir quelle solution définitive pourrait convenir aux autorités aéronautiques ».

Deux premiers défauts détectés en 2019 L'histoire débute en août 2019, quand des ingénieurs de Boeing détectent deux défauts à la jointure de tronçons de fuselage de quelque 787 fabriqués début 2019. Ces défauts ne posent pas de problème de sécurité immédiat et sont corrigés sans bruit. Mais un an plus tard, en août 2020, un nouveau problème est détecté sur huit 787, également fabriqués à cette période : la surface en composite de certains tronçons de fuselage présente des irrégularités. L'écart est de l'ordre d'un cheveu humain, mais c'est suffisant pour nécessiter une nouvelle phase d'inspection des 787, sous la surveillance de l'aviation civile américaine.

Commence alors un travail long et délicat, qui nécessite de déshabiller quelque 80 appareils déjà assemblés, et stockés autour de Seattle et de Charleston, afin de détecter les minuscules imperfections. En attendant, les livraisons doivent être interrompues. Et Boeing n'est pas le seul concerné. Fin janvier, le grand patron de l'avionneur, David Calhoun , annonce que les vérifications sont étendues aux sous-traitants d'aérostructures, au premier rang desquels l'américain Spirit, qui fabrique la pointe avant et le cockpit de tous les 787.

« Quelques semaines de plus » « Dans certains cas, cela nécessite des inspections et des retouches, tandis que, dans d'autres domaines, aucune autre action n'est requise, expliquait, fin janvier, le directeur financier de Boeing, Greg Smith. Nous terminons maintenant l'analyse de quelques domaines restants afin de valider les prochaines étapes Ce travail peut prendre quelques semaines de plus, mais nous donnerons à nos ingénieurs le temps nécessaire. »

Mais les ennuis continuent. Le 18 février, une autre directive de l'Aviation civile américaine, la FAA, impose à Boeing de vérifier une autre pièce de structure dans les soutes de 222 Boeing 787. Parallèlement, l'avionneur se voit réclamer par la FAA un complément d'amende de 6,6 millions de dollars, pour ne pas avoir entièrement respecté les engagements pris en 2015, en matière de contrôle de sécurité, toujours dans le cadre des enquêtes sur les problèmes du 787. De quoi alourdir encore la facture. Selon certains analystes, Boeing, qui a déjà dû provisionner des milliards de dollars pour le 737 Max et le 777X, pourrait être contraint de passer de nouvelles provisions pour le 787.

Production ralentie Et pendant ce temps-là, l'argent ne rentre pas. Selon Boeing, les livraisons de 787 devraient reprendre « dans le courant du 1er trimestre ». Et l'avionneur prévoit toujours de pouvoir livrer « la majorité des 787 d'ici la fin de l'année ». Mais pour pouvoir écouler les stocks, alors que la demande de long-courriers a chuté, Boeing a décidé de réduire les cadences de production du 787 à seulement 5 appareils par mois en 2021, contre 10 en 2020 et 14 en 2019, en ne conservant qu'une seule ligne d'assemblage, à Charleston (Caroline du Sud).