la fonderie et piwi

Le blog de l'amicale AAESFF

Pour ne rien dire, ou presque, Pour ne pas s’envoler dans le commentaire, Pour rester à la confluence du savoir et de l’ignorance : au pied du mur. Montrer : comment c’est , comment ça se passe, comment ça marche. Diviser les discours par des faits, Les idées par des gestes, par des photos Juste les commenter quotidiennement

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Notre ami Tachot reste productif :

Il travaille sur son projet de Vœux 2021

Il a composé cette œuvre (photos ci-jointes) basée sur le poème suivant de Victor Hugo Le Cheval, Poème qui se termine en réponse à Virgile par — Maître, je mets Pégase au vert.

-- Frédéric lui, a composé Pégase en vers Son travail de mise en place des très nombreux caractères en plomb qui composent ce poème est exceptionnel Titre : Le cheval

Poète : Victor Hugo (1802-1885) Recueil : Les chansons des rues et des bois (1865).

Je l'avais saisi par la bride ;

Je tirais, les poings dans les noeuds,

Ayant dans les sourcils la ride

De cet effort vertigineux.

C'était le grand cheval de gloire,

Né de la mer comme Astarté,

À qui l'aurore donne à boire

Dans les urnes de la clarté ;

L'alérion aux bonds sublimes,

Qui se cabre, immense, indompté,

Plein du hennissement des cimes,

Dans la bleue immortalité.

Tout génie, élevant sa coupe,

Dressant sa torche, au fond des cieux,

Superbe, a passé sur la croupe

De ce monstre mystérieux.

Les poètes et les prophètes,

Ô terre, tu les reconnais

Aux brûlures que leur ont faites

Les étoiles de son harnais.

Il souffle l'ode, l'épopée,

Le drame, les puissants effrois,

Hors des fourreaux les coups d'épée,

Les forfaits hors du coeur des rois.

Père de la source sereine,

Il fait du rocher ténébreux

Jaillir pour les Grecs Hippocrène

Et Raphidim pour les Hébreux.

Il traverse l'Apocalypse ;

Pâle, il a la mort sur son dos.

Sa grande aile brumeuse éclipse

La lune devant Ténédos.

Le cri d'Amos, l'humeur d'Achille

Gonfle sa narine et lui sied ;

La mesure du vers d'Eschyle,

C'est le battement de son pied.

Sur le fruit mort il penche l'arbre,

Les mères sur l'enfant tombé ;

Lugubre, il fait Rachel de marbre,

Il fait de pierre Niobé.

Quand il part, l'idée est sa cible ;

Quand il se dresse, crins au vent,

L'ouverture de l'impossible

Luit sous ses deux pieds de devant.

Il défie Éclair à la course ;

Il a le Pinde, il aime Endor ;

Fauve, il pourrait relayer l'Ourse

Qui traîne le Chariot d'or.

Il plonge au noir zénith ; il joue

Avec tout ce qu'on peut oser ;

Le zodiaque, énorme roue,

A failli parfois l'écraser.

Dieu fit le gouffre à son usage.

Il lui faut les cieux non frayés,

L'essor fou, l'ombre, et le passage

Au-dessus des pics foudroyés.

Dans les vastes brumes funèbres

Il vole, il plane ; il a l'amour

De se ruer dans les ténèbres

Jusqu'à ce qu'il trouve le jour.

Sa prunelle sauvage et forte Fixe sur l'homme, atome nu,

L'effrayant regard qu'on rapporte De ces courses dans l'inconnu.

Il n'est docile, il n'est propice

Qu'à celui qui, la lyre en main,

Le pousse dans le précipice,

Au-delà de l'esprit humain.

Son écurie, où vit la fée,

Veut un divin palefrenier ;

Le premier s'appelait Orphée ;

Et le dernier, André Chénier.

Il domine notre âme entière ;

Ézéchiel sous le palmier

L'attend, et c'est dans sa litière

Que Job prend son tas de fumier.

Malheur à celui qu'il étonne

Ou qui veut jouer avec lui !

Il ressemble au couchant d'automne

Dans son inexorable ennui.

Plus d'un sur son dos se déforme ;

Il hait le joug et le collier ; Sa fonction est d'être énorme

Sans s'occuper du cavalier.

Sans patience et sans clémence,

Il laisse, en son vol effréné,

Derrière sa ruade immense

Malebranche désarçonné.

Son flanc ruisselant d'étincelles

Porte le reste du lien

Qu'ont tâché de lui mettre aux ailes

Despréaux et Quintilien.

Pensif, j'entraînais loin des crimes,

Des dieux, des rois, de la douleur,

Ce sombre cheval des abîmes

Vers le pré de l'idylle en fleur.

Je le tirais vers la prairie

Où l'aube, qui vient s'y poser,

Fait naître l'églogue attendrie

Entre le rire et le baiser.

C'est là que croît, dans la ravine

Où fuit Plaute, où Racan se plaît,

L'épigramme, cette aubépine,

Et ce trèfle, le triolet.

C'est là que l'abbé Chaulieu prêche,

Et que verdit sous les buissons

Toute cette herbe tendre et fraîche

Où Segrais cueille ses chansons.

Le cheval luttait ; ses prunelles,

Comme le glaive et l'yatagan,

Brillaient ; il secouait ses ailes Avec des souffles d'ouragan.

Il voulait retourner au gouffre ;

Il reculait, prodigieux,

Ayant dans ses naseaux le soufre

Et l'âme du monde en ses yeux.

Il hennissait vers l'invisible ;

Il appelait l'ombre au secours ;

À ses appels le ciel terrible

Remuait des tonnerres sourds.

Les bacchantes heurtaient leurs cistres,

Les sphinx ouvraient leurs yeux profonds ;

On voyait, à leurs doigts sinistres,

S'allonger l'ongle des griffons.

Les constellations en flamme

Frissonnaient à son cri vivant

Comme dans la main d'une femme

Une lampe se courbe au vent.

Chaque fois que son aile sombre

Battait le vaste azur terni,

Tous les groupes d'astres de l'ombre

S'effarouchaient dans l'infini.

Moi, sans quitter la plate-longe,

Sans le lâcher, je lui montrais

Le pré charmant, couleur de songe,

Où le vers rit sous l'antre frais.

Je lui montrais le champ, l'ombrage,

Les gazons par juin attiédis ;

Je lui montrais le pâturage

Que nous appelons paradis.

— Que fais-tu là ? me dit Virgile.

Et je répondis, tout couvert

De l'écume du monstre agile : __ — Maître, je mets Pégase au vert.__

Victor Hugo.

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