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Renault « touche le fond » et encaisse des pertes historiques.

Les Echos -

Le Losange affiche un déficit net de 7,3 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année. Le choc du coronavirus a aggravé les difficultés structurelles du groupe et Nissan, dans le rouge vif, plombe son partenaire français. Renault a perdu deux fois plus en six mois que sur l'ensemble de l'année 2009.

Jean-Dominique Senard, le président du constructeur français.Jean-Dominique Senard, le président du constructeur français.

Le calvaire se poursuit pour Renault. Après avoir enregistré en 2019 ses premières pertes en dix ans (- 141 millions d'euros), le constructeur français a vécu un premier semestre des plus éprouvants, qui s'est soldé par une perte nette de 7,3 milliards d'euros. Le précédent record (3,1 milliards d'euros sur l'ensemble de l'exercice 2009) est largement enfoncé. Et le constructeur se refuse à nouveau à faire des prévisions sur l'ensemble de l'exercice, faute de visibilité sur la situation sanitaire au quatrième trimestre.

Le constructeur a entamé l'année affaibli par les suites de l'affaire Ghosn , qui a perturbé la gouvernance et les relations avec l'allié Nissan. Ces difficultés ont été amplifiées par la pandémie de coronavirus, qui a assommé les ventes durant plusieurs semaines. Plombé par des immatriculations en recul de 34,9 % (contre -28,3 % pour l'ensemble du marché), le chiffre d'affaires à périmètres et taux de changes constants a dévissé de 32,9 % sur les six premiers mois de l'année, à 18,4 milliards d'euros.

Nissan plombe Renault

Conséquence, la marge opérationnelle est passée à - 1,2 milliard, et le résultat d'exploitation à -2 milliards. Pour ne rien arranger, Nissan traverse également une très mauvaise passe, avec des comptes qui s'enfoncent également dans le rouge. Après avoir contribué pendant des années à muscler les résultats du Losange, le partenaire japonais les torpille cette année, avec une contribution négative de 4,8 milliards, du fait des 43 % du capital détenus par le groupe.

« Les résultats d'aujourd'hui sont un coup de semonce perturbant », a déclaré Luca de Meo, nouveau directeur général du constructeur français, venu de la marque espagnole Seat du groupe Volkswagen. « Nous sommes actuellement en train de toucher le fond d'une courbe négative qui remonte à plusieurs années, et probablement plus loin encore ».

Carlos Tavares (PSA) : « La crise va faire le tri entre les constructeurs automobiles »

La tâche s'annonce extrêmement délicate pour le nouveau directeur général. Pour redresser ses comptes, la direction avait annoncé fin mai un plan visant à économiser 2 milliards d'euros sur trois ans, soit 20 % de ses coûts fixes, avec 15.000 suppressions de postes à la clef, dont 4.600 en France. L'objectif de 600 millions économisés cette année devrait être tenu, et la direction ne semble pas envisager à ce stade un nouveau tour de vis sur des mesures qui avaient été calibrées avant la crise sanitaire.

Espoirs pour la suite Pour entretenir l'espoir d'un rétablissement, le groupe peut s'appuyer sur quelques sujets de satisfaction, comme la bonne tenue des ventes de la Clio en Europe, ou surtout celles de la ZOE, qui a dominé sur les six premiers mois de l'année le marché des véhicules électriques en Europe, devant Tesla.

Les ventes de juin, par ailleurs, ont été bonnes, et le groupe espère que ce renforcement va se poursuivre. Autre signe positif, les stocks sont nettement moins élevés qu'il y a un an (547.000 véhicules au 30 juin, soit 83.000 de moins par rapport à 2019). « La situation est sans précédent, elle n'est pas sans appel », assure Luca de Meo. Le nouveau patron a salué le travail fait chez PSA, présenté comme une « source d'inspiration », qu'il faut décliner « à la sauce Renault ».

Offensive sur le segment C Le dirigeant présentera son plan stratégique début 2021. Il mais évoque d'ores et déjà un accent mis sur les ventes en Europe (stratégie la plus efficace, selon lui, pour remonter rapidement les profits), et une offensive sur le segment C, celui ou les Scenic, Kadjar et Koleos ont tant de mal aujourd'hui. « Le centre de gravité de la gamme doit être un peu plus haut », a-t-il assuré à plusieurs reprises. Mais il faudra attendre la fin 2022 au plus tôt pour voir la concrétisation de cette ambition avec de nouveaux modèles.

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