La Nouvelle République _

À l’issue d’une longue réunion à huis clos, Bruno Moustacchi est venu à la rencontre des salariés dehors. Ingrandes-sur-Vienne. Le directeur des achats de Renault a rencontré hier la direction et les élus du personnel de la Fonderie du Poitou Fonte. L’avenir de la société reste incertain, le dossier devrait vite se décanter.

La venue d’un haut dirigeant de Renault aux Fonderies du Poitou. La scène est rare. Le constructeur, client unique de la Fonderie Fonte, détient une (bonne) partie de l’avenir du fabricant de carters, en grande difficulté économique et financière. « Il a la clé, il peut décider d’arranger tout le monde », résume Alain Delaveau, délégué CGT de l’entreprise.

Renault, le messie ? Dès son arrivée, Bruno Moustacchi, directeur des achats de la firme au losange, calme les ardeurs : il n’est venu faire « aucune annonce », simplement « échanger », en tant que « client de l’entreprise », avec la direction et les élus du personnel sur les « possibilités de reconversion ». Fermer la Fonte ? Liberty ne « l’espère pas »

S’en suivent, entre les trois parties, deux bonnes heures de réunion à huis clos. Dehors, une centaine de salariés de la Fonte patientent autour d’un barbecue.

13 heures, la réunion se termine. Alors qu’Alain Delaveau engage le débriefing avec ses « camarades », il est rejoint par des invités surprise : Bruno Moustacchi, Arnaud Tronche (directeur général d’Alvance, une entité de l’actionnaire Liberty House) et Guy Jansen (directeur général des Fonderies du Poitou) entre autres.

Dans un climat de respect mutuel, un long échange s’instaure. Guy Jansen rappelle d’abord que la réunion « s’inscrit dans le cadre de l’étude du cabinet Berger », chargé d’explorer les possibilités de reconversion de la Fonte. « On doit construire ensemble l’histoire de la réindustrialisation du site. Vu les derniers résultats opérationnels, qui sont excellents, beaucoup de choses sont possibles, on compte sur vous ! », déclare-t-il aux salariés.

Arnaud Tronche assure que « le seul but » de Liberty est de « sauver le maximum d’emplois sur les dix à quinze ans qui viennent ». Les fondeurs font la moue : ils n’ont plus foi en l’actionnaire, qui les a « menés en bateau » depuis le rachat en mai 2019.

Le porte-parole de Liberty affirme que trois options sont sur la table : « 1 – Il n’y a pas d’avenir, on arrête ; 2 – On maintient l’activité fonte et on va chercher de nouvelles pièces ; 3 – Il y a un avenir en dehors de la fonte, alors on met en place la diversification ».

Il précise qu’il « n’espère pas l’option 1 » et qu’il ne « voit pas d’avenir à moyen terme » à l’option 2. « Il faut réindustraliser dans des domaines qui nous éviteront de devoir faire l’aumône tous les deux ans auprès de Renault et de l’État. »

Alain Delaveau soumet une « option 4 » : « Renault nous accompagne encore trois ou quatre ans et en parallèle, on met en place la diversification ». « Renault a mis sa quote-part » Une piste battue en brèche par Bruno Moustacchi, dont la parole est très attendue : « Avec les volumes actuels, la Fonderie Fonte n’est pas rentable. Avec 11 millions d’euros injectés depuis quinze mois, Renault a mis sa quote-part, il n’a pas les moyens d’aller au delà. D’autre part, on ne va pas inventer de volumes et Liberty dit qu’il ne mettra plus d’argent dans la Fonte… » Bref, « ça ne peut pas continuer ainsi ! Il faut trouver une solution acceptable d’un point de vue industriel, économique et social. »

Les conclusions du cabinet Berger seront présentées au Comité social et économique de la Fonderie Fonte lundi prochain. C’est sur cette base que l’actionnaire et ses « partenaires, Renault et l’État », arbitreront. Probablement « en septembre ». En jeu, l’avenir de 300 salariés.