« Avant la crise sanitaire, tous nos voyants étaient au vert. Nous espérions dégager un bénéfice de 1,4 million cette année, ce sera une perte de 3 millions sur un budget de 11 », observe Catherine Chevillot, la directrice de cet établissement public atypique. Et l'avenir s'annonce très compliqué pour le musée, qui rouvre le 7 juillet. Car 75 % de ses 551.000 visiteurs sont étrangers, avec 25 % du public qui est américain.

Désaffection des touristes internationaux oblige, pas d'autre solution pour cette conservatrice que de travailler d'arrache-pied pour écouler des bronzes de l'artiste. « Nous communiquons beaucoup auprès des musées, publics et privés car il s'en ouvre beaucoup dans le monde, et auprès des entreprises », explique-t-elle. Ayant droit du sculpteur* « Nous avons aussi passé des accords avec des galeries d'art contemporain en France, en région pour commencer. On essaiera à Londres l'an prochain, et nous avons une pièce chez Gagosian à New York , pour toucher une nouvelle clientèle », poursuit Catherine Chevillot. La directrice a également élargi les propositions, avec 130 oeuvres au catalogue, au lieu de 40 il y a quelques années, en lien avec des fondeurs de la région parisienne.

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Avant le Covid-19, deux oeuvres avaient été cédées pour 4,4 millions. Plutôt encourageant. Car ce musée, né de la volonté de Rodin dont il conserve les créations et les collections, a la particularité d'être l'ayant droit du sculpteur. A ce titre, il est chargé de la gestion de son oeuvre et donc de ses éditions originales de bronzes depuis son ouverture en 1919.

Légalement, chaque sculpture compte douze exemplaires autorisés, considérés comme originaux. Certaines oeuvres comme « Les Penseurs », « Les Bourgeois de Calais », « Balzac », ont épuisé leur quota, mais d'autres pas. Ces ventes se font avec parcimonie, si possible à de prestigieux clients, pour valoriser l'oeuvre et la cote de Rodin, tandis que les pièces monumentales sont généralement destinées en priorité aux institutions. Un modèle qui tient depuis 100 ans mais que le virus a ébranlé.

Puiser dans les réserves Des reproductions des oeuvres de l'artiste permettent également, en temps ordinaire, de gonfler les recettes de la boutique du musée. Celle-ci génère 1,5 million d'euros par an, à côté de la billetterie pour 3,5 millions, et des privatisations du lieu pour 1 million. Tout cela a, bien entendu, été paralysé pendant le confinement et reprend doucement.

La directrice, qui avait également fait progresser de 70 % le mécénat l'an dernier, grâce notamment au don de la Caisse Centrale de Réassurance, n'a pas hésité à solliciter les dons en ligne sur son site.

« Nous n'avons plus d'autres solutions que de puiser dans nos réserves. Jusqu'en 2014, nous avions créé un fonds de placement qui nous rapportait. Mais depuis que ce type de fonds est interdit aux établissements publics, cette source de recettes s'est tarie pour nous. Un paradoxe alors que nous ne recevons aucune subvention ! La question devait être réexaminée, mais avec le remaniement ministériel, cela va être retardé », se désole Catherine Chevillot.