Estelle Moreau, ESFF 2017 ancienne élève de Chartres avec jean Dominique Senard à la fonderie du Mans .

Le Monde - Propos recueillis par Eric Béziat Publié aujourd’hui à 10h59, mis à jour à 11h27

Le constructeur automobile, pris dans la tempête due au Covid-19, a annoncé vendredi un plan de suppression de 15 000 emplois dans le monde d’ici à 2023. Son patron explique, dans un entretien au « Monde », pourquoi il veut cesser les expansions hors de France.

Renault a annoncé, vendredi 29 mai, la suppression de 15 000 emplois dans le monde, dont 4 600 en France. Jean-Dominique Senard, patron du constructeur, juge les surcapacités de l’appareil industriel de Renault en France mortelles pour l’entreprise, malmenée par la tempête due au Covid-19.

Est-ce la raison pour laquelle vous dévoilez ce plan aujourd’hui ?

Ce plan de réduction des coûts n’est pas une surprise. Nous l’avions annoncé en février. La crise du coronavirus ne fait que légitimer l’urgence du sujet. Nous aurions agi de la sorte de toute façon, parce que le décalage de compétitivité entre Renault et ses principaux concurrents menace sérieusement l’avenir du groupe. Ces décisions sont difficiles à prendre, mais Renault doit avoir un avenir. C’est ma responsabilité.

D’où ces mesures d’urgence, ces sites menacés, ces 4 600 emplois supprimés en France, n’est-ce pas ? En effet, mais ce plan n’est pas seulement défensif, il est aussi offensif, et ça, j’y tiens. Nous réorientons le navire de façon déterminée, en cessant les expansions hors de France et en recréant sur le sol français un outil industriel compétitif. C’est dans cet esprit que nous arrêtons des projets ou des activités au Maroc, en Roumanie, en Turquie, en Corée, en Russie. Ce plan n’est pas un plan français, c’est un plan mondial.

Nous avons décidé de cesser cette course aux volumes, qui a été la philosophie de ces dernières années, pour nous concentrer sur la compétitivité et l’efficacité. Nous avions une entreprise construite pour produire 5,5 millions de véhicules et, en réalité, nous n’en avons fabriqué que 3,8 millions. Cette différence s’est traduite par une expansion de nos coûts fixes, et c’est ce que nous sommes en train de corriger.

Pouvez-vous expliquer aux Français ce qui va advenir des sites de Renault sur le territoire national ? L’effort n’est pas seulement industriel. D’abord, nous réajustons l’ingénierie, notamment au Technocentre de Guyancourt, les frais généraux et les frais de recherche, pour lesquels il nous faudrait passer de 10 % de notre chiffre d’affaires à 8 % le plus vite possible.

Qu’en est-il des usines ?

Nous ne fermons pas Flins. Nous allons faire évoluer le site, qui n’aura plus vocation à assembler des véhicules, mais où il restera quand même 1 600 salariés à la fin de vie de la Zoe, soit en 2023-2024. Entre-temps, nous allons constituer pour Flins un pôle d’excellence automobile. Les activités de recyclage mécanique du site de Choisy-le-Roi, aujourd’hui trop petit pour envisager son expansion, seront transférées à Flins. Et nous apportons une activité de prototypage, signe supplémentaire que nous prenons au sérieux l’avenir de l’usine. Nous devons aller vers une économie plus circulaire ; nos clients le souhaitent.