Les Echos -

(Bouches-du-Rhône), sur le site d'ArcelorMittal, la question est dans toutes les têtes. Les 2.500 salariés employés ici par le géant de l'acier ont été plutôt rassurés par les investissements entrepris pour suspendre la production « proprement », de sorte à pouvoir redémarrer en toute sécurité. Mais après ? « On n'a jamais traversé une crise pareille ! » s'alarme David Thourey, délégué FO d'ArcelorMittal Méditerranée.

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Dès le 23 mars, le groupe a annoncé son intention de suspendre la production de l'un des deux hauts-fourneaux de l'usine méditerranéenne. Puis quelques semaines plus tard, la direction a demandé aux salariés de préparer la mise sous-cocon du deuxième haut-fourneau, ainsi que de la cokerie qui les alimentent, provoquant de fait un arrêt total de la production sur le site. Du jamais-vu depuis son ouverture, en 1974.

Demande en chute libre « La décision de fermeture n'est pas prise, cela dépendra de la demande », indique le président d'ArcelorMittal en France, Philippe Darmayan. Celle-ci est toutefois aujourd'hui en chute libre. Les deux tiers de sa production sont destinés à l'Italie et à l'Espagne, deux marchés aujourd'hui à l'arrêt, et le reste à la Turquie et au bassin méditerranéen, guère en meilleure posture.

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L'annonce d'une fermeture temporaire probable du deuxième haut-fourneau, début avril, a suscité de vives inquiétudes dans la région. Craignant qu'elle débouche sur une fermeture définitive, syndicats et élus locaux sont montés au créneau, allant jusqu'à alerter le gouvernement. D'autant que le site fait aussi travailler 1.500 sous-traitants dans la région. « Mais il n'a jamais été question d'une fermeture définitive. Jamais », insiste Philippe Darmayan.

Depuis, les efforts déployés pour fermer le site sans abîmer les installations ont plutôt rassuré en interne. Mettre des hauts-fourneaux sous cocon est une entreprise délicate, car il s'agit d'équipements fonctionnant à très haute température, qu'il faut nettoyer soigneusement pour pouvoir les redémarrer sans encombre.

Station de mélange de gaz De même pour la cokerie, là où le charbon est transformé en coke, qui alimente les hauts-fourneaux. « Elle doit être maintenue à une température minimum de 900 degrés pour éviter que les briques réfractaires s'effondrent », explique David Thourey. Pour remplacer les hauts fourneaux si ceux-ci sont arrêtés, le groupe a commencé à construire une station de mélange de gaz, qui fournira la chaleur nécessaire pour ne pas condamner la cokerie. « Cela représente de l'argent et du temps. Le groupe ne s'embêterait pas s'il avait l'intention de fermer définitivement », espère le syndicaliste.

« Sur le plan industriel, Fos est une belle usine, qui ne devrait pas être menacée », estime de son côté le consultant Marcel Genet. Pointée récemment pour des manquements aux normes environnementales , l'usine devra toutefois aussi poursuivre ses investissements pour satisfaire à ses obligations en la matière.