L’épopée de la filière métallurgie pour s’approvisionner en masques

Quatre organisations de la filière mines et métaux – A3M, Aluminium France, le SNFA et la Fédération forge-fonderie – ont organisé, non sans mal, l’approvisionnement en masques chirurgicaux et FFP2 de 160 entreprises du secteur.

Leçon de solidarité en temps de crise. Confrontée à la crise sanitaire du Covid-19, la filière métallurgique française a décidé de se serrer les coudes pour assurer la reprise ou la continuité de l’activité. Ses quatre groupements - l’Alliance des minerais, minéraux et métaux (A3M), Aluminium France, l’organisation professionnelle des concepteurs, fabricants et installateurs de menuiseries et cloisons SNFA et la Fédération forge fonderie - ont organisé de façon centralisée l’approvisionnement de leurs membres en masques. Non sans difficultés.

L’aventure a commencé une semaine après l’annonce du confinement. La filière compte de nombreux sites industriels dont la mise à l’arrêt n’était pas envisageable, soit parce qu’ils fournissent le secteur médical et alimentaire, soit parce que des équipements lourds en auraient pâti. Au point, parfois, de ne pas redémarrer au sortir du confinement. C’est le cas des procédés de coulée en continu, des cuves d’électrolyse dans l’aluminium et des cokeries dans l’acier.* 1,2 million de masques pour 160 entreprises

Alors, pour assurer la continuité de l’activité en toute sécurité, les quatre groupements patronaux ont commencé par évaluer les besoins des quelque 160 entreprises de la filière, qui se sont avérés bien supérieurs aux attentes. Pour protéger les salariés de plus de 160 entreprises jusqu’au mois de juin, ce sont 1,2 million de masques qu’il fallait trouver en urgence. Des masques chirurgicaux et FFP2 (là où l’activité l’impose) sourcés en Chine, notamment grâce à Eramet qui y opère une centrale d’achat. Mais il ne suffisait pas de trouver des fournisseurs. Le plus compliqué restait à venir : qui allait passer les commandes, avancer l’argent et prendre la responsabilité des démarches administratives (certificats de conformité, dédouanement…) ?

"Il a fallu centraliser les commandes par région, donc trouver des volontaires pour prendre ce risque d’avancer les arrhes en cette période de fortes tensions sur les trésoreries", explique Cyrille Mounier. La filière salue l'engagement de ces 13 volontaires que sont Aludium (à Castelsarrasin dans le Tarn-et-Garonne), Alvance Aluminium Dunkerque (Nord), Constellium (sites d'Issoire dans le Puy-de-Dôme, Nuits-Saint-Georges en Côte-d'Or, Neuf-Brisach dans le Haut-Rhin et Montreuil-Juigné dans le Maine-et-Loire), FenêtreA (Beignon, Morbihan), Hydro Extrusion services (Eure-et-Loir), Orial (Aisne), Reynaers Aluminium (Seine-et-Marne), Schüco (pour la région Ile-de-France), Sepalumic (Alpes-Maritimes) et Trimet France (Saint-Jean-de-Maurienne, Savoie). Le délégué général d’Aluminium France se félicite de la forte mobilisation des entreprises de l'aluminium. "L’esprit Pechiney" a joué un grand rôle dans la réactivité des membres de ce réseau, affirme Cyrille Mounier.

Dans le Grand-Est, l’une des régions les plus affectées par le Covid-19, Constellium (site alsacien de Biesheim, près de Neuf-Brisach dans le Haut-Rhin) a par exemple centralisé les commandes d’une trentaine d’entreprises, sur la base de simples lettres d’engagement. Il a fallu assumer collectivement les prix des masques en hausse, le triplement du coût du transport, et les longues formalités de dédouanement. "Les lots arrivés le 18 avril en France n’ont pu être dédouanés que le 28", témoigne Cyrille Mounier qui raconte la complexité d’établir les certificats nécessaires. "Au départ, on nous a demandé un certificat par commande et par fournisseur. Avec deux fournisseurs et 13 commandes régionales, cela faisait 26 certificats à 5000 euros pièce, soit un surcoût de 130 000 euros". Finalement, après des discussions avec le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, l’exigence a été ramenée à un certificat par fournisseur, soit 10 000 euros.

Cyrille Mounier raconte l’effarement de cette PME bretonne, qui s’était portée volontaire pour sa région, découvrant la complexité des démarches administratives pour importer des masques de Chine.

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