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Anna-Michelle Asimakopoulou. Photo by Sarantis Michalopoulos



L’UE doit adopter d’urgence une stratégie industrielle offensive pour protéger le secteur de l’aluminium, confronté à la concurrence déloyale des États-Unis et de la Chine, estime l’eurodéputée grecque Anna-Michelle Asimakopoulou.

« Il faut lancer une offensive en matière de stratégie industrielle. Le cadre institutionnel de la concurrence pourrait être adapté. Si l’on veut rendre une industrie compétitive, certaines règles doivent impérativement changer », affirme Anna-Michelle Asimakopoulou, la vice-présidente de la commission du commerce international du Parlement européen.

Selon l’eurodéputée, membre du parti Nouvelle démocratie (PPE), le nouvel exécutif européen devrait renforcer les mécanismes de défense dont dispose l’UE dans les domaines où cela s’avère nécessaire.

« Par exemple en permettant à l’industrie d’étayer plus facilement ses soupçons lorsqu’elle identifie un problème de concurrence sur le marché (…) afin qu’elle ne reste pas un an à attendre d’avoir des preuves en provenance de Chine, où ce temps aura été mis à profit pour construire une nouvelle usine », ajoute-t-elle.

« Il faut instaurer de la transparence. Cela signifie qu’il faut forcer la Chine à expliquer ce qu’il se passe chez elle, afin de ne plus avoir à consulter “Google Earth” pour avoir des informations », plaide l’élue.

Le secteur de l’aluminium européen, qui génère un chiffre d’affaires de 40 milliards d’euros et emploie un million de personnes réparties sur 600 sites à travers l’Europe, revêt une importance stratégique.

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D’après l’Association européenne de l’aluminium, la Chine est devenue en 15 ans le premier producteur de ce métal léger, avec une capacité excédentaire cinq fois plus importante que la totalité de la production européenne.

« La capacité excédentaire chinoise fait baisser les prix de l’aluminium et met les producteurs européens sous pression », déplore Gerd Götz, le directeur général de l’Association européenne de l’aluminium.

Anna-Michelle Asimakopoulou relève que la Chine subventionne la filière de l’aluminium dans sa totalité, de la production et de la transformation jusqu’aux produits finis.

« Le pays subventionne ouvertement des entreprises, aide à faire face aux coûts énergétiques, garantit des prêts à faibles taux d’intérêts, et investit massivement dans les infrastructures », a-t-elle expliqué au cours d’un événement organisé en novembre au siège bruxellois du Parlement européen.

« Dans le cadre d’une présentation de l’OCDE, on nous a montré la photo d’un site où 100 millions ont été investis en une année pour produire de l’aluminium. »

L’eurodéputée évoque également une autre installation dans laquelle la Chine a investi 100 millions d’euros, située en Serbie cette fois. « Cela semble être un site de production local, mais il est chinois en réalité, et il bénéficie de subventions européennes. Il fournit à la fois le marché chinois et le marché européen », indique la parlementaire grecque.

De l’autre côté de l’Atlantique, on assiste à la mise en pratique de la doctrine du président américain Donald Trump, selon laquelle tous les mécanismes de défense commerciale, tels que le recours aux droits de douane, doivent être utilisés pour protéger les États-Unis de la Chine.

« C’est pourquoi la Chine, avec toute sa production, arrive en Europe. Les prix baissent, la compétitivité et les emplois disparaissent, des unités de production ferment et des régions entières font les frais de ce naufrage. La perte totale pour l’industrie européenne est estimée à 30 % », précise-t-elle.

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Selon des sources de l’UE, la Commission est en contact étroit avec l’industrie de l’aluminium concernant l’évolution du secteur.

« Nous nous tenons prêts à examiner toute plainte légitime concernant des pratiques commerciales déloyales portant préjudice aux producteurs européens d’aluminium. Si elles sont justifiées, nous n’hésiterons pas à prendre les mesures de défense adéquates afin de protéger les intérêts des entreprises européennes et de leurs employés », ajoutent-elles.