Bien malin, pourtant, celui qui aurait pu prédire à Jean-Claude Gaillard qu’il deviendrait bronzier. Il aurait dû être curé ou boucher. « Le destin », comme il aime à dire, en a décidé autrement.

J’ai démarré mon apprentissage à Mohon à 14 ans. Cela fait 60 ans, presque jour pour jour, que je façonne des bronzes.

Ses souvenirs, l’artisan les partage avec enthousiasme, fier de dévoiler les contours d’un métier qui reprend les gestes et codes vieux de milliers d’années.

Le bronze n’est pas une science exacte… Chaque pièce est différente et demande de s’y consacrer pleinement.

Lui a ses armes à Paris. Son passage par l’école Boulle – école supérieure des arts appliqués – lui a ouvert les portes des ateliers Susse, la fonderie la plus renommée d’Europe. Mais c’est de retour dans sa Bretagne natale que l’homme va véritablement inscrire son nom sur la très courte liste des bronziers d’art Français.

Avec Alain Courtel, nous avons saisi l’opportunité de transformer l’ancienne école des Tertes en atelier en 1988.

Presse-papiers, médailles, écussons, petite bijouterie…

« Nous savions que pour nous lancer, il fallait d’abord se positionner sur le marché des cadeaux d’entreprises. »

Les débuts sont épiques, pour ne pas dire, « catastrophiques. Nous ne parvenions pas à nous dégager de salaire. »

Un buste dans le métro parisien Mais son bagout fait mouche. Au point que les artistes prennent l’habitude de s’adresser à BBC pour obtenir la reproduction en bronze de leurs créations. «

Notre activité a véritablement décollé en 1990, lorsque la mairie de Paris nous a commandé le buste de Fulgence Bienvenue. »

Depuis, la statue trône en bonne place dans le métro parisien.

Des pièces, Jean-Claude Gaillard en a façonné par centaines, au point de voir son savoir-faire reconnu nationalement.

Nous sommes parvenus, avec mes collaborateurs, à décrocher le label des entreprises du patrimoine vivant.

Une distinction qui est venue récompenser « 32 années de travail en équipe. »

Développer de nouveaux marchés Dans une industrie en voie de disparition, le succès de Bronzes Breizh Création (BBC) constitue donc une exception de taille. Laisser tomber l’entreprise aux oubliettes était impensable.

Voir un jeune du pays de Ploërmel reprendre les rênes est une excellente nouvelle pour les clients, les salariés.

Fabrice Guilloux, qui a racheté sa première fonderie il y a cinq ans, entend « s’inscrire dans la lignée » du maître bronzier.

« Il va m’épauler pendant quatre mois. »

À 46 ans, l’homme a envie d’apprendre et d’entreprendre. Car si la sculpture d’art fait tourner la boutique, il ne cache pas son ambition de développer « d’autres marchés comme le funéraire et l’ameublement. »

Il y a un créneau à prendre.

Des challenges qu’il relèvera entouré des cinq salariés… De quoi rassurer le magnat du bronze, pour Jean-Claude Gaillard, la boucle est bouclée