Les Fonderies de Sougland ont deux atouts majeurs : la diversification et la production en petites séries. Dès son arrivée, le nouveau directeur général réalise une étude de marché, détermine les axes de progrès et interroge ses clients : « j'ai fait le choix de pivoter vers un business model d'apporteur de solutions ». Soutenu par Bpifrance sous la forme d'un PRI (prêt régional à l'innovation), l'ancien cadre a pu recruter une chercheuse qui réalise les études de R&D en interne, une singularité pour une entreprise de cette taille. Avantage : un client qui a des contraintes de poids, de taille de pièce ou de corrosion peut faire appel aux Fonderies de Sougland qui vont réaliser une étude pour lui proposer la composition métallurgique, le procédé ou la géométrie de pièce qui répondra à ses attentes.

Entreprise du Patrimoine Vivant

Du sur mesure qui peut aussi se décliner à plusieurs centaines d'exemplaires. Le conseil est un autre atout de la fonderie : « si un client qui a son propre bureau d'études en a besoin, on peut mettre à sa disposition un ingénieur ou un technicien. Une sorte de co-conception mais chez le client » précise Yves Noirot. Forte de son savoir-faire ancestral, la PMI est labellisée à la fois Entreprise du Patrimoine Vivant et Vitrine de l'Industrie du Futur, où elle côtoie parmi les 55 sociétés élues des « start-ups » comme Airbus ou Safran. « Nous avons travaillé sur la digitalisation et la numérisation, avec des logiciels technologiquement très évolués comme des outils de dessin et de simulation de coulée, ce qui nous permet d'économiser sur le nombre de prototypes » décrit le directeur général. Pas de robot pour la fonderie qui se concentre sur les petites et moyennes séries. « Nous travaillons plus sur l'amélioration des conditions de travail que sur la recherche de performance » précise Yves Noirot.

En interne, les salariés peuvent et doivent monter en compétence afin d'accompagner la transition technologique. Une manière d'attirer les talents, malgré une implantation géographique, la Thiérache, peu attractive. La réponse du dirigeant : créer son propre centre de formation, ouvert depuis deux mois, pour transmettre le savoir faire et adopter une dynamique d' « adaptative learning » avec des formations adaptées. Un investissement considérable mais qui permet d'intégrer quelqu'un qui n'est pas obligatoirement doté d'un diplôme de technicien ou d'un CAP de fondeur.

Faire briller les yeux des jeunes

Dès le lancement de la French Fab, Yves Noirot s'est engagé dans le mouvement. « Voir des organisations comme Bpifrance, Business France, l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) ou France Industrie se positionner pour faire renaître l'industrie française m'a tout de suite enthousiasmé. C'est un étendard commun pour développer l'industrie en France, mais aussi à l'international » explique Yves Noirot. Une manière aussi de « faire briller les yeux des jeunes » et leur donner envie de rejoindre la PMI. Le directeur général des Fonderies de Sougland, apprécie aussi l'aspect collectif de la French Fab, qui apporte un sentiment d'appartenance fort et de reconnaissance. « Nous avons participé aux trois étapes du French Fab Tour dans les Hauts de France » rappelle Yves Noirot.

Les Fonderies de Sougland ont inventé la machine à émailler, qui a obtenu le grand prix du jury lors de l'Exposition Universelle de 1900. La présence de la PMI lors de l'Usine Extraordinaire en novembre 2018 au Grand Palais était donc une évidence. Dans les tuyaux : une expansion internationale en commençant par le Benelux, et un projet de création d'un centre d'excellence de la fonderie. De quoi repartir pour quelques siècles supplémentaires.