Frédéric Ducros s’est posé il y a une quinzaine d’années dans un des ateliers de l’ancienne usine Christofle, à Saint-Denis, face au canal. Pour le retrouver dans son atelier, il suffit de suivre Rocky, un Bearded Collie de 5 ans, le portrait craché du patron, qui a fait de ce territoire une terre de liberté. « Sur le site, raconte son maître, il circule, va voir tout le monde, ne sort jamais et revient toujours. » Après quarante ans de métier, la fonderie d’art à la cire perdue reste pour lui une passion. « Si la fonderie d’art est une spécialité, explique-t-il, elle est constituée de cinq métiers. Et si c’est un métier, elle est constituée de cinq spécialités : celle du mouleur, du cireur, du fondeur, du ciseleur et du patineur. Et moi, dit-il en riant, j’assure 99,99% de tout cela ! Je travaille seul. »

Au milieu de son capharnaüm, Frédéric s’est aménagé un coin détente. Là il peut souffler ou grignoter un fruit. En face, il s’est composé un mur pêle-mêle avec des coupures de presse, des cartes postales, des photos de Rocky, « la meilleure alarme qui soit », des citations, des blagues de copains, et bien sûr un hommage appuyé à la figure de Ducros, vous savez bien, celui qui se décarcasse… À la demande de Plaine Commune, il a conçu et réalisé, afin de jalonner le chemin de Compostelle, 110 clous en laiton – mélange de cuivre, zinc et étain – dont 95 ont été posés dans les communes de Saint-Denis mais aussi de Pierrefitte et d’Aubervilliers. « Je tire une certaine fierté de cette création, car mon métier est de reproduire les créations des autres. Le motif principal représente une coquille Saint-Jacques, symbole du chemin de Compostelle, au milieu duquel apparaît le tracé du territoire de Plaine Commune. » Le reste du temps, l’artisan d’art travaille essentiellement pour des artistes qui réalisent de la statuaire. « Mon ADN, c’est la statuaire, la représentation, la figure humaine et parfois l’animalier. » À 62 ans, il ne sait pas ce qu’il adviendra de son atelier, la relève familiale n’étant pas au rendez-vous.

En attendant, il accueille pour 22 semaines une jeune stagiaire de 18 ans, Anaïs Monthioux, en bac pro fonderie. Gabarit de poche face à l’imposante stature de son maître de stage, elle explique : « Monsieur Ducros m’apprend tout son métier, faire une cire, retoucher la cire, couler… La fonderie d’art c’est assez physique, mais moins costaud que la fonderie industrielle, mais moi, ça me va parfaitement ! »

Claude Bardavid