PHILIPPE CREVEL - POINT DE VUE - l'économie française a perdu pied à partir des années 2003-2004 au moment où la mondialisation s'est accélérée. Et depuis, le pays est à la peine pour enrayer son déclin. Croissance, production industrielle, commerce extérieur, emplois industriels, niveau scolaire : une rupture nette est intervenue en 2003-2004. Jusqu’à cette date, la France faisait jeu égal avec la moyenne de la zone euro, voire mieux.

Déclin industriel La capacité de production de l’industrie manufacturière française interrompt sa progression en 2004 après avoir connu une progression de 20 % par rapport au niveau de 1995. La production stagne ensuite de 2004 à 2008 avant de décliner de 10 % en dix ans. Sur vingt ans, elle n’a progressé que de 5 % quand la hausse est de 30 % pour la zone euro.

L’emploi industriel en France est passé de 14,8 à 9 % de la population active de 1996 à 2018. La valeur ajoutée du secteur manufacturier est passée de 12 à 10 % du PIB.

Tertiarisation de l’économie La désindustrialisation est accompagnée par la substitution d’emplois de services domestiques. L’emploi tertiaire a augmenté en vingt ans de 30 % quand celui de l’industrie a reculé de 28 %.

Cette substitution entraîne une baisse tendancielle du niveau de vie de la population. A l’exception du secteur des banques et de l’assurance, les salaires sont plus faibles dans le secteur des services que dans l’industrie.

La tertiarisation de l’économie s’accompagne de moindres gains de productivité. Ces derniers sont deux fois plus faibles dans les services que dans l’industrie.

Le coût de la très forte redistribution sociale est supporté par un nombre réduit d’actifs. Sans une montée en gamme, le modèle peut ne pas être pérenne, surtout en cas d’augmentation des taux d’intérêt.