L’historien Pascal Brioist (à droite) sur les pas de Léonard de Vinci en Europe pour démystifier ce personnage emblématique de la Renaissance. (Photo © CESR / Vlam Prod)

​Pascal Brioist, historien au centre d’études supérieur de la renaissance à Tours, est un spécialiste de Léonard de Vinci (1452-1519). Il a, entre autres, réalisé un web-documentaire Sur toutes les facettes de ce personnage multiple.

Quels sont les projets menés avec Intelligence des Patrimoines, programme de recherche et de développement interdisciplinaire et régional basé à Tours ? Pour l’année Renaissance, nous avons réalisé une web-série, intitulée « Sur les pas de Léonard ». En douze épisodes, nous interrogeons les mythes qui planent autour de Léonard de Vinci via des questions de lycéens, abordant les différents aspects du personnage (le Toscan, Le Florentin, l’homme de guerre, le peintre, le technicien, etc.). Nous avons parcouru l’Europe pour interroger des experts internationaux et avons aussi enrichi ces séquences vidéos d’animations en 3D, de manuscrits d’époque ou de liens hypertextes. Nous avons pu également réaliser des reconstitutions historiques ou scientifiques pour comprendre sa démarche. A côté, il y a le serious game « Mecaleo » qui sera présenté au printemps, permettant grâce à la réalité virtuelle de visiter un atelier de Léonard à Romorantin et de découvrir ses machines. Et le projet « RevisMartin » qui permettra d’écouter la musique de Jean Ockeghem, comme à la Renaissance, dans la collégiale Saint-Martin de Tours, reconstituée virtuellement. Pascal Brioist et Intelligence des patrimoines mettent au point un "jeu sérieux" pour faire comprendre le fonctionnement des machines de Léonard de Vinci. © (Photo © CESR )

Pour quelles raisons Léonard de Vinci est devenu un personnage mythique ? Il est lui-même l’artisan de sa célébrité. Il a tout fait pour construire sa personae, son identité. Enfant illégitime, il ne pouvait pas accéder à l’apprentissage du latin à l’université. Il a d’abord suivi la voie des corporations, en étant apprenti chez le sculpteur Andrea del Verrocchio, puis a appris le latin vers 30 ans. Il s’est alors construit plusieurs identités. Il est notamment devenu un « artiste de cours », sans équivalent à l’époque et ce, alors qu’il n’est pas noble. Il a ainsi réussi à se rendre indispensable. Il avait aussi beaucoup d’humour. En quoi est-ce un personnage atypique, aux diverses facettes ? Pour Giorgio Vasari, artiste qui a réalisé une des premières biographies de Léonard de Vinci, il est un peintre extraordinaire, mais il possède d’autres identités. Il a par exemple été ingénieur militaire pour Ludovic Sforza ou César Borgia. Et à côté de « l’artiste-courtisan » et de l’ingénieur, il y avait le savant qui s’intéresse aussi bien à la botanique, à la zoologie, à la géologie… allant plus loin que tous ceux qui s’y intéressent et réfutant même les thèses d’Aristote. C’était le seul, à l’époque, à expérimenter ses théories pour les valider ou revenir dessus.



Pourquoi était-il plus considéré comme un artiste qu'un savant ? Léonard de Vinci a été connu comme artiste depuis ses débuts grâce à ses tableaux et à la biographie de Vasari. Ses manuscrits techniques n’ont quant à eux été découverts qu’en 1880, sortant peu à peu des collections privées. Les idées de ce « génie » se sont ensuite diffusées en Russie et dans le monde entier. Sa discrétion sur sa vie privée a aussi participé à son mystère ? A l’époque de Léonard de Vinci, entre 1400 et 1500, personne ne raconte sa vie privée, même dans ses notes. Les journaux rapportent des nouvelles très factuelles. L’expression du « moi » a été inventée à la Renaissance par Montaigne. Dire que c’était quelqu’un de secret n’est pas vrai, c’est une affirmation de notre point de vue moderne.