, avertissait encore un syndicaliste de PSA il y a quelques jours. Il ne faut en effet pas être grand clerc pour comprendre que le déclin accéléré du diesel aura des conséquences rapides sur le tissu industriel français.

L'une des premières ? La Fonderie du Poitou Fonte, un sous-traitant historique de Renault qui emploie environ 400 personnes dans la Vienne, vient de demander son placement en redressement judiciaire auprès du tribunal de Poitiers. « C'est une étape permettant de faciliter la recherche d'un repreneur », commente-t-on à Bercy.

Le déclin du diesel, un casse-tête pour PSA Dans le dur depuis quelques années, le fabricant de carter-cylindres en fonte de Châtellerault a expliqué vendredi faire face depuis six mois à une baisse de plus de 40 % de ses commandes. Plus ou moins 70 % des pièces usinées sur place sont destinées à l'assemblage de moteurs diesel - technologie qui a vu sa part de marché divisée par deux en six ans dans l'Hexagone.

Selon l'Observatoire de la métallurgie, 10.000 à 15.000 postes sur les 37.500 que compte la filière française du diesel sont menacés à horizon 2030. Six établissements seraient en « crise avérée à traiter en urgence », une trentaine d'autres sous le coup d'une « menace grave et imminente ». Soit, au total, 5.500 emplois en situation critique - comme ceux de la Fonderie du Poitou.

Reprise commune ? L'entreprise, qui travaille pour Fiat et surtout Renault, avait lancé un plan de sauvegarde de l'emploi en octobre dernier, 103 postes de nuit devant être supprimés. En 2017, les comptes avaient pourtant retrouvé l'équilibre après plusieurs années de pertes, avec un chiffre d'affaires de 91 millions d'euros.

Le propriétaire des lieux depuis 2014, Jérôme Rubinstein, déplore que l'Etat n'ait pas « mis en oeuvre des mesures à la hauteur des enjeux avec seulement 18 millions d'aide ». Le dirigeant estime par ailleurs que la « meilleure solution industrielle » serait un rattachement avec le site voisin Saint-Jean Industrie (ex-Fonderies Alu, un peu plus de 300 salariés), lui-même en redressement judiciaire depuis trois mois. Les deux entités occupent les mêmes locaux. Jérôme Rubinstein affirme qu'il soutiendra « tout investisseur qui aura un projet de reprise global des deux sites ». Les pouvoirs publics et Renault privilégieraient également cette formule. Sannjeev Gupta, l'homme qui veut réindustraliser l'Europe Pour l'heure, un candidat à la reprise semble émerger, l'anglais GFG, propriété de la famille Gupta, versée dans l'aluminium et l'acier. « La fonte n'est pas notre coeur de métier et les perspectives sont compliquées, mais nous allons déposer une offre au tribunal, avec une clause suspensive si l'on n'obtient pas la reprise de la partie aluminium », explique Philippe Baudon, le directeur général de GFG France qui a repris une fonderie d'aluminium à Dunkerque (site historique de Péchiney) et qui affirme avoir déjà signé une lettre d'intention.

« Notre intérêt pour la fonte est défensif », dit ce dernier. Ayant déjà déposé une offre ferme pour la reprise de Saint-Jean Industries auprès du tribunal de Lyon, il juge que si la partie fonte périclite, elle risque d'entraîner avec elle la partie aluminium - celle qui l'intéresse avant tout. GFG est donc prêt à s'engager sur le lot. « Il faudra que l'offre formulée soit acceptable, notamment pour les clients du site », souligne-t-on à Bercy.

Julien Dupont-Calbo @jdupontcalbo

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