Ce n’est pas nouveau. Créée après guerre, la fonderie « s’est diversifiée dès les années 70, avec des pièces à très fortes contraintes techniques », pour l’aéronautique et le ferroviaire déjà, mais aussi, à des niveaux moindres, pour le naval, le militaire, le spatial. « Ces métiers sont dans ces gènes », rappelle le PDG. « Et c’est ce qui fait qu’elle est toujours là », insiste-t-il. Car la Sival a été confrontée à de graves difficultés. Elle a vécu deux redressements judiciaires, en 2003 puis en 2015. Durant ces années, confie Lionel Vicq, elle a « vivoté », sans projets, « sans vision d’avenir » malgré un portefeuille de clients important et un vrai savoir-faire. Des atouts qui ont justement intéressé le futur patron.

Des produits à forte valeur ajoutée

Quand Lionel Vicq, venu du secteur de l’automobile, a récupéré l’affaire, il a aussi repris la société Dubus Industrie, à Friville-Escarbotin, qui se trouve dans la même situation. Car son activité d’usinage est complémentaire de celle de la Sival. L’objectif était de mettre en place un pôle intégré, jusqu’au service contrôle, pour offrir au client « une prestation complète et compétitive ». Et visiblement ça marche. « L’idée était d’avoir une ligne stratégique claire, explique le responsable, pour redynamiser l’entreprise. » Il confie : « C’est un travail de longue haleine, mais qui commence à porter ses fruits. »

Selon Lionel Vicq, il a d’abord fallu « réduire les coûts », en optimisant l’organisation. Il s’est aussi appuyé sur ce qu’il appelle « la bilocalisation » : une partie de la production a été transférée dans une unité en Hongrie (Aluko, implantée près de Budapest), l’usine eudoise conservant « tout ce qui est procédés spéciaux, à très forte valeur ajoutée ». Il a donc relancé les investissements (500 000 € en trois ans), dans le matériel : par exemple un four de traitement thermique, ou encore un équipement de contrôle des pièces par rayons X.

Il a aussi misé sur les normes. « Des certifications qui nous permettent de nous renforcer dans le secteur aéronautique, qui représente 55 % de notre chiffre d’affaires. Et ça a tendance à augmenter. » Ces efforts ont permis de maintenir la confiance des principaux clients, comme Safran, Zodiac, la SNCF, Alsthom, qui se fournissent ici en pièces aluminium pour les systèmes de freinage, de ventilation, de carburation, les trains d’atterrissage, les châssis de wagons, etc.

Le PDG insiste : « Tout le monde donnait cette entreprise comme perdue. Mais on a montré qu’elle pouvait se différencier, et elle revit. Elle va mieux, les perspectives sont bonnes à l’horizon 2020. » Pour lui, « les équipes peuvent être fières de ce qui a été fait. » Et il espère faire encore mieux pour la décennie suivante. Aujourd’hui, il envisage même de recruter pour compléter l’effectif. « Nous recherchons des compétences dans les métiers de la fonderie, mais il n’y a plus de formations dans ce domaine. C’est à nous de former les jeunes à ces métiers particuliers et à ce savoir-faire très technique. C’est ce qui nous donnera notre avenir. »

Un site complémentaire à Friville-Escarbotin En même temps que la fonderie Sival, Lionel Vicq a également repris l’entreprise centenaire Dubus Industrie, à Friville-Escarbotin, qui risquait elle aussi de disparaître. Avec son activité d’usinage, cela permet au groupe de proposer à ses clients « une prestation complète et compétitive ».

Le site compte 30 salariés, pour chiffre d’affaires de 2,1M €, dont 40 % avec la Sival. « L’idée est d’avoir un pôle intégré - fonderie, usinage et contrôle - pour augmenter la valeur ajoutée et nous mettre en phase avec les attentes des clients. » Cette année, annnonce le PDG, « nous allons fusionner les deux entreprises en une seule, tout en conservant les deux sites, sous le nom de Sival. Cela donnera plus de sens, plus de visibilité, plus de cohérence ».

X.T