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L’apprentissage, une clef de la réussite depuis des siècles

Chronique de Jean Marc Vittori

L’apprentissage est un formidable levier de progrès. Pour développer l’activité en Europe au Moyen Age, pour lutter aujourd’hui contre le chômage des jeunes, pour préparer le monde de demain.

C ’est un moment crucial de la vie active. C’est aussi un échec majeur de la France. Le passage de l’école à l’emploi échoue trop souvent. Un jeune actif sur quatre est au chômage. Et pour beaucoup d’autres, l’entrée dans la vie professionnelle est un douloureux parcours du combattant. Voilà pourquoi la rénovation de l’apprentissage que veut mener le gouvernement est une réforme essentielle, même s’il ne s’agit que d’un outil parmi d’autres de l’entrée dans le monde du travail.

L’enjeu dépasse l’aménagement de tel ou tel dispositif. La montée en puissance de l’apprentissage dans l’Europe médiévale expliquerait… l’avancée prise par le Vieux Continent dans la révolution industrielle ! En France, l’apprentissage est un magnifique concentré des travers nationaux. Il est d’abord marqué par une méfiance générale. Méfiance de l’Education nationale vis-à-vis des entreprises, suspectées de vouloir exploiter la jeunesse, ce qui aboutit à des formations peu adaptées. Méfiance des enseignants et des parents vis-à-vis de filières jugées peu valorisantes, ce qui constitue un handicap dans un pays où les statuts ont une importance majeure. Méfiance des entreprises vis- à-vis d’une administration sourcilleuse. On ne compte plus les exemples délirants.

Comme le « décret escabeau » de 2013 qui interdisait aux apprentis de monter sur une échelle ou un marchepied (il a finalement été annulé). Ou l’impossibilité pour un jeune apprenti boulanger d’aller travailler avant 6 heures du matin, au moment où le boulanger fabrique son pain, car il s’agit d’un travail de nuit. Ou l’obligation pour une entreprise, passé un délai de deux mois, de payer un apprenti jusqu’au bout de son contrat, même s’il arrive à midi ou accueille les clients d’un juron. Ensuite, le système français d’apprentissage est effroyablement compliqué. « Il est caractérisé par un grand nombre d’intervenants, résume une note du Conseil d’analyse économique rédigée par les économistes Pierre Cahuc et Marc Ferracci : l’Education nationale, les régions, les chambres de commerce, l’Etat, les organismes collecteurs de la taxe d’apprentissage (Octa), les partenaires sociaux, les branches, les entreprises, pour n’en citer que quelques-uns ». Pire encore : « Ces intervenants, dont les actions sont peu ou mal coordonnées, n’ont pas tous des incitations à développer l’apprentissage » !

Le mélange de la méfiance et de la complexité a des effets redoutables. Il faut deux ans pour certifier un nouveau cursus. L’apprentissage est sous-développé dans les grandes entreprises. L’Education nationale se retrouve avec une rivalité entre deux systèmes concurrents, lycées professionnels et centres de formation d’apprentis. Et des masses d’argent privé et public circulent en toute opacité, sans la moindre évaluation des dispositifs financés. Enfin, le système devient injuste, car il profite de plus en plus aux étudiants déjà bien formés. Les universités ont organisé des canaux efficaces pour capter une partie de la taxe d’apprentissage, alors que le dispositif devrait profiter aux peu qualifiés. Les subventions publiques, elles, ne sont pas modulées selon le niveau de diplôme des apprentis. On marche sur la tête.

Dans ces conditions, il ne faut guère s’étonner que l’apprentissage marche mal en France, avec moins de 300.000 nouveaux contrats dans le privé l’an dernier. Loin des objectifs fixés dans les fondamentaux – François Hollande avait par exemple fixé la barre à 500.000. En France, cette faiblesse de l’apprentissage passe pour un problème secondaire. La transmission des connaissances professionnelles est pourtant essentielle. A en croire une équipe d’historiens économiques réputés, Joël Mokyr et Matthias Doepke de l’université américaine Northwestern avec David de la Croix de l’université catholique de Louvain, l’apprentissage aurait joué un rôle crucial dans l’ascension économique de l’Europe à partir du Moyen Age. En Chine, en Inde, dans les pays musulmans, les connaissances se transmettaient au sein de la famille, de père en fils ou de mère en fille, ou au sein de clans familiaux. En Europe, où les familles étaient de taille plus réduite, l’apprentissage s’est développé au sein des guildes médiévales, puis au-delà. En 1563, le Parlement britannique vote le « Statute of Artificers », un statut des artisans qui fixe des règles (sept années d’apprentissage, salaire maximum des apprentis, obligation d’avoir l’accord du maître pour partir, etc.) échappant dès lors aux guildes.

A Paris, les artisans du faubourg Saint-Antoine profiteront eux aussi d’une telle liberté. Les apprentis circulent plus facilement sur ce qui commence à ressembler à un marché du travail, et avec eux, les améliorations et les innovations. Les chercheurs soulignent le rôle de « l’adoption de meilleures institutions d’apprentissage, qui ont soutenu une diffusion rapide des techniques, permettant à l’Europe de prendre la suprématie dans les siècles qui menèrent à la révolution industrielle. Les connaissances tacites et les compétences demeurent pertinentes dans l’économie d’aujourd’hui ». Si le rôle de l’apprentissage est essentiel, il n’est pas immuable. Au siècle numérique, quelles sont les compétences professionnelles à transmettre ? Dans quel sens, des vieux aux jeunes, des jeunes aux vieux, de pair à pair ?

Qu’est-ce qui relève de l’école, de l’apprentissage, de la formation permanente ? Plus que jamais, il faudra apprendre à apprendre, et donc faire l’apprentissage de l’apprentissage. On est apparemment loin ici de la réforme des CFA et autres Octa. Mais, en réalité, le but est le même : la réinvention de l’apprentissage.

L’Education nationale se retrouve avec deux systèmes concurrents, lycées professionnels et centres de formation d’apprentis. Des masses d’argent privé et public circulent en toute opacité, sans la moindre évaluation des dispositifs financés.

Commentaires

1. Le mardi, 14 novembre 2017, 18:40 par patrice moreau

J’ai aimé cet édito de JM VITTORI

On peut en retenir quelques idées fortes

L’idée de l’apprentissage et de ses évolutions n’est pas nouvelle

Les guildes du Moyen Age se sont montrés à LONG TERME plus efficace que les systèmes de transmissions familiaux ancestraux, mais il faut bien éviter de juger les effets à court et moyen-terme, et de prendre des décisions pour le long terme.

Les systèmes d’apprentissage de demain seront semble-t-il, circulaires (idée de réseaux) et non plus hiérarchisés (c’est-à-dire des plus expérimentés ou plus âgés vers les plus jeunes…….) Pour faire moderne on pourrait dire que va naître un système d’éducation ou d’apprentissage 4.0 ?

Je vois dans cet édito matière à défendre l’ESFF qui fait un lien direct école & entreprise. Je ne suis pas allé sur les liens que propose JM VITTORI expliquant la complexité de notre système actuel…..Je vois aussi dans cet édito matière pour défendre les actions centenaires de notre Association Technique dont les buts ont été récemment bien vite balayé.

(une note du Conseil d'analyse économique (http://www.cae-eco.fr/IMG/pdf
/caenote019v5

Amicalement

2. Le mardi, 14 novembre 2017, 18:43 par PATRICK WIBAULT

"dont les buts ont été récemment bien vite balayé"... par des hommes de peu de mémoire ???

3. Le lundi, 20 novembre 2017, 18:37 par France stratégie

"FAIRE DE L’APPRENTISSAGE UNE VOIE D’EXCELLENCE"

C’est l’objectif fixé par la ministre du Travail à la concertation sur la réforme de l’apprentissage. Lancé le 10 novembre, l’exercice est piloté par Sylvie Brunet avec l’appui de France Stratégie. Rapport attendu fin janvier pour un projet de loi au printemps.

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