Quelles sont les usines les plus performantes de Renault ? La réponse à cette question a longtemps été bien gardée. On y voit désormais plus clair, depuis la négociation du nouvel accord de compétitivité pour la France signé en début d'année entre la direction de Renault et les syndicats. A cette occasion, la direction de la marque au Losange a présenté, en toute confidentialité, un classement des cinq usines hexagonales, que « Les Echos » s'est procuré. Et c'est le site de Maubeuge (Nord), spécialisé dans les utilitaires (Kangoo, Citan...), et qui emploie 1630 salariés, qui apparaît comme le plus performant.

Deux indicateurs servent de référence. En premier lieu le « taux harbour », c'est à dire la production annuelle moyenne réalisée par salarié, calculée sur un périmètre bien précis - main d'oeuvre 100 % interne, sur les postes de tôlerie, montage et peinture -. Bilan : Maubeuge produit en moyenne 96 véhicules par salarié, loin devant Flins (60), Douai et Batilly (environ 50), ou Sandouville. Le site nordiste apparaît aussi le mieux positionné sur l'autre indicateur phare, le « QCTP », qui intègre quatre domaines clefs : la qualité, les délais, le coût, et la productivité. En agglomérant ces différentes notes, Maubeuge atteint un score de 3,45, loin devant Flins (2,96), Batilly (2,72), Douai (2,55) ou Sandouville (2,30). « Maubeuge est devenue une référence » constatait Thierry Bolloré, le patron compétitivité du constructeur français, lors du salon de Genève début mars, sans vouloir communiquer de chiffres précis. L'usine nordiste pointe désormais juste derrière le site coréen de Busan, référence de l'Alliance, notée à 3,75, et se place dans le Top 10 des usines de l'Alliance Renault-Nissan

« Maubeuge est devenue une référence » L'apport de Daimler

Depuis 2013 et l'arrivée d'un nouveau patron espagnol, José Martin Vega, Maubeuge a revu en profondeur ses process industriels. Généralisation du full-kiting (on évite à l'opérateur de se déplacer en lui préparant les pièces nécessaires), retour des équipes qualité le long de la ligne, remontée en direct de la satisfaction client, synchronisation fournisseurs... L'usine a aussi joué sur le volet social - 400 salariés en moins comparé à 2012, dont de nombreux seniors - ce qui a contribué à abaisser le coût de revient de chaque utilitaire, passé à moins de 700 euros.

Le site a également été « challengé » par les équipes de Daimler, qui confie depuis 2012 l'assemblage de son Citan à Maubeuge. « Leur cahier des charges est très strict, ça ne rigole pas » sourit une source locale. Le site a ainsi été le premier à installer une « cabine à lumière » destinée à vérifier qu'il n'y a pas de différence de teinte de peinture entre les différentes pièces. Alors que le groupe allemand pourrait renouveler son contrat avec l'arrivée d'une nouvelle plateforme sur le site d'ici 2020, la pression est forte sur les équipes. « Les volumes, c'est clef dans la compétitivité » rappelle notre source locale. En 2016, Maubeuge a produit 162.000 utilitaires, bien loin des 137.000 de 2012. Un volume réalisé sur seulement deux véhicules - Citan et Kangoo - ce qui aide mécaniquement comparé à d'autres sites comme Douai, qui lance pas moins de quatre véhicules.

Au global, l'ensemble des usines françaises commence à remonter la pente, grâce aux effets du premier accord de compétitivité signé en 2013 - hausse du temps de travail, gel des salaires, flexibilité... -. Mais les sites hexagonaux restent moins performants que les usines internationales du groupe (Espagne, pays de l'Est, Maroc...). « Malgré de forte ruptures et des progrès considérables, la France reste décalée et présente des écarts de performance importants à l'exception de Maubeuge qui démontre qu'une telle performance est possible en France » indique le document interne. Renault compte mettre le turbo : le groupe vise une production de 90 véhicules à l'année d'ici 2019, contre 64 en 2016. Le groupe a prévu pour cela un plan d'investissement de 500 millions d'euros, il veut accélérer l'automatisation (robots...) et le recours au digital, dans le cadre d'un programme usine du futur sur lequel travaille José Vincente de Los Mozos, le directeur industriel du groupe.