En cette fin d'automne 1996, il y a exactement vingt ans, c'est un inconnu qui débarque chez Renault. Au siège de Billancourt, rares sont ceux qui connaissent Carlos Ghosn. Tout juste sait-on que ce polytechnicien qui se cache derrière de grosses lunettes et d'épais sourcils a fait du bon travail pour Michelin. Et ceux qui s'intéressent aux intrigues d'état-major l'ont compris : si tout se passe bien pour lui, l'homme sera idéalement placé, d'ici quelques années, pour succéder à Louis Schweitzer - à la tête du constructeur français depuis 1992. Mais ce Libano-Brésilien est pour l'essentiel un mystère.

Deux décennies plus tard, Carlos Ghosn n'a plus rien d'un inconnu. Si les grosses lunettes ont disparu, les épais sourcils sont toujours là. Pourtant l'homme reste mystérieux, impénétrable... Qui connaît vraiment celui qui dirige cet attelage étrange, composé du français Renault, du roumain Dacia, du russe Lada-Avtovaz, des restes du coréen Samsung Motors, du japonais Nissan et, depuis peu, de son compatriote Mitsubishi Motors ? Un groupe à la structure baroque qui fait désormais partie des géants : l'an prochain, « l'Alliance », comme l'entreprise a été baptisée, devrait intégrer, aux côtés de Toyota, Volkswagen et General Motors, __le club étroit des constructeurs qui livrent plus de 10 millions de véhicules par an. __