Polymeto réalise des objets de serrurerie décorative (poignées de portes, boutons de meubles, etc.), du mobilier (tables, bancs, guéridons…), des luminaires (pieds de lampes, lampadaires, appliques), de la robinetterie (corps de robinets, manettes, croisillons), des objets culinaires (presses à canard, pour le canard au sang, décors de plateaux) ou encore des plaques commémoratives, des statues, des sculptures, des enseignes, etc. Polymeto ne donne pas dans les grandes séries. Le client peut fournir son modèle, et l’entreprise fabrique le moule et le nombre de pièces demandées. « On fabrique quelquefois des plaques pour seulement vingt pièces », annonce François Zedde, directeur administratif et commercial de l’entreprise reprise par son père, Gérard, en 1993. Du sable recyclé Ce matin-là, justement, dans l’atelier de Bourseville (dans le Vimeu, à l’ouest de la Somme), deux ouvriers préparent des plaques de moulage à base de sable naturel compressé avec un fouloir pneumatique. Un travail minutieux, qui prépare la fonte, qui a lieu chaque jeudi. Le sable naturel est utilisé pour les petites pièces. Il vient d’une carrière du sud-ouest, « toujours la même, pour une qualité constante ». De jaune au départ, sa couleur vire au brun après la cuisson. « Le sable est réutilisé pour d’autres moules », continue François Zedde. Pour les pièces plus grandes, « on utilise du sable à prise chimique, mélangé avec de la résine et un catalyseur », poursuit le directeur commercial. Dans tous les cas, les moules sont séchés à l’étuve, le mercredi. « La présence d’eau à 20ºC dans les plaques ne ferait pas bon ménage avec des pièces dont la température atteint 1 150ºC pour le laiton et 1 250ºC pour le bronze », détaille François Zedde. Les deux métaux de base qui sont travaillés chez Polymeto.

Le jour de la coulée, deux creusets sont utilisés pour fondre les pièces. Ensuite, place à l’ébarbage et à l’usinage : sablage, soudure, fraisage, tournage, etc. Tout est fait sur place, sauf certains traitements de finition. « Nous livrons des produits semi-finis ou finis », ajoute le directeur administratif. Pour le polissage, Polymeto fait toujours appel à David Lambeau, de Ponts-et-Marais, près d’Eu (Seine-Maritime). Deux frères et une sœur La structure est familiale et artisanale : outre François Zedde, 35 ans, l’entreprise est pilotée par Pierre Zedde, 37 ans, responsable technique, et Laure Zedde, 33 ans, responsable qualité. Elle emploie en outre trois ouvriers : deux mouleurs-fondeurs, et un usineur. Laure Zedde travaille également les pièces les plus fines, qui relèvent de la statuaire, grâce à une technique qui confine à l’art : la cire perdue. À partir d’un modèle original, elle fabrique un moule en silicone, dans lequel elle injecte de la cire. La cire est ensuite fondue, et on coule le bronze dans le moule.

Aujourd’hui, Polymeto est à la croisée des chemins. « Nous voudrions passer de l’artisanal à un modèle plus industriel, pour nous développer, mieux répondre à certaines commandes de clients, sans perdre notre âme », résume François Zedde. Des baigneurs en laiton pour la recherche La force de Polymeto est de pouvoir répondre à des commandes très spéciales. Par exemple, c’est la fonderie de Bourseville qui a fourni à l’équipe de PériTox, des chercheurs qui relèvent de l’Université de Picardie Jules-Verne et du centre hospitalier universitaire d’Amiens, ses deux baigneurs.

Le projet PériTox (périnatalité et risques toxicologiques) s’intéresse aux effets de l’environnement sur la mère et l’enfant. Dans ce cadre, le projet Prétherm a permis la mise au point de couveuses high-tech, qui permettent de réguler au mieux la température de l’air ambiant. Dans les couveuses, on trouve les baigneurs de Polymeto : des bébés en laiton creux, avec des articulations en Teflon. « C’est Pierre, mon frère, qui les a fabriqués en moulant un baigneur classique », explique François Zedde. Les baigneurs, bardés de capteurs par les chercheurs de PériTox, permettent de reproduire les échanges thermiques entre le corps humain et son environnement. Ils ont notamment permis la mise au point de logiciels de pilotage des incubateurs du fabricant Mediprema.