Nord Eclair par BRUNO RENOUL

L’ancien patron de la fonderie de la rue Pierre-de-Roubaix, Yves Honoré, a vu de mauvais souvenirs ressurgir du passé à la lecture de notre article consacré au devenir du site. Cet homme de 69 ans continue de penser que la fermeture de l’usine, décidée par la Ville, était illégitime. honore.jpg Yves Honoré rappelle qu’il a subi la fermeture de sa fonderie, imposée par la Ville.

A lire aussi L'ancienne fonderie Honoré va accueillir 25 logements sociaux Des logements sociaux à la place de « son » usine ? Yves Honoré n’a rien à y redire. « Je ne suis pas nostalgique, confie-t-il. Ce qui est fait est fait, j’ai tourné la page. Je préfère regarder devant moi. » Pas nostalgique ? En tout cas amer. Sept ans après la fermeture de la Fonderie qui porte son nom, et dans laquelle il est né en 1946, Yves Honoré ne digère pas que la mairie parle de ce lieu comme d’une « friche ». « Le mot friche, ça laisse entendre que le propriétaire a commis une faute. Or si l’usine a fermé et est restée à l’abandon, c’est à cause de la mairie ! »

C’est en effet un arrêté municipal qui a imposé la fin de l’activité, en 2008, à la dernière fonderie de la ville, fondée soixante-dix ans plus tôt par Désiré Honoré. Le nom du grand-père d’Yves s’affiche encore en grand sur l’ancien fronton, que la Ville et le nouveau propriétaire LMH ont décidé de conserver, pour honorer la mémoire du lieu. Pourquoi une telle fermeture ? « Le maire de l’époque, René Vandierendonck, m’avait dit que c’était exclu de conserver une fonderie en ville », se souvient Yves Honoré. Il faut dire que quand l’usine est sortie de terre, son voisinage était surtout constitué de vaches. Mais au fil du temps, la ville a gagné sur la campagne, et à la fin des années 90, l’usine est cernée d’habitations qui ne se réjouissent pas de l’odeur dégagée par l’activité. Et la mairie, qui ne cesse de recevoir des pétitions, finit par céder à la pression des plaintes. Président aux prud’hommes

Yves Honoré ne nie pas qu’il y ait pu y avoir une gêne dans le voisinage, mais estime avoir été victime du zèle de la mairie et de la Direction régionale de l’environnement (à l’époque appelée la Drire). Tous deux n’ayant jamais pu prouver la moindre pollution. L’ancien patron avoue avoir « très mal vécu » cet épisode. « Pour moi c’était une injustice. On ne roulait pas sur l’or, mais on ne perdait pas d’argent et je faisais vivre quatorze personnes. Le pire dans tout ça, c’est que j’ai dû licencier tout le monde. » Il en veut aussi à la mairie d’avoir préempté le site, qu’il voulait vendre à un promoteur immobilier. « Sept ans plus tard, il n’y a encore rien de construit sur le site ! », dénonce-t-il. Le début des travaux est toutefois prévu pour 2017.

On l’aura compris, Yves Honoré ne partira pas en vacances avec René Vandierendonck. Aujourd’hui âgé de 69 ans, il conserve une activité d’import-export de pièces de fonderie, en auto-entrepreneur. Il dit être « fatigué » et vouloir « bientôt arrêter ». En revanche, il compte poursuivre sa mission au conseil des Prud’hommes de Roubaix, dont il est président depuis 2014. «Il y avait beaucoupde plaintes dans le quartier»

À l’époque, Pierre Dubois (PS) n’était pas maire de Roubaix mais adjoint à l’urbanisme. S’il a vécu de loin cette affaire, il se souvient des récriminations de riverains, tout au long des années 90. « Il y avait des nuisances olfactives et sonores, ce n’est quand même pas évident d’habiter à côté de ce genre d’établissement », rappelle-t-il. D’après lui, l’intervention de la Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE, devenue depuis la DREAL comme direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), qui demandait en vain à la fonderie de « se mettre aux normes » a aussi pesé sur la décision finale.