Le carnet de commandes est tellement plein que la société doit refuser des clients. « Nous sommes à notre maximum niveau productivité. Les équipes travaillent jour et nuit pour satisfaire les clients », raconte Phillipe Marillaud, directeur du pôle métaux de la société. Mais cela va bientôt changer : le groupe Aurea a donné son accord pour l’installation d’un nouveau four rotatif. Quatre millions d’euros vont être investis dans ce nouvel équipement. Un investissement appelé par les clients de l’entreprise. « Ce nouveau four va nous donner un peu d’air. Une fois rentabilisé, nous pourrons nous concentrer sur nos nouveaux projets. » L’entreprise voit déjà plus loin : remettre en marche une des fonderies du site qui était mise en sommeil. L’investissement est déjà validé par la maison mère. À la clé : une capacité de production doublée.

En attendant, les équipes d’Affimet s’occupent du nouveau four, qui va générer de 20 à 25 emplois supplémentaires. Pour recruter, l’entreprise a mobilisé les acteurs de l’emploi local. Aucune compétence particulière n’est requise pour postuler : « Nous appelons des personnes qui ont une sensibilité métal, mais surtout celles qui sont de bonne volonté, prêtes à rentrer dans le bateau Affimet et ramer avec nous dans le bon sens de la marche. »

Pechiney : une autre époque

L’intensité de production actuelle contraste avec l’époque où l’entreprise s’appelait encore Pechiney. Cette différence flagrante n’est pas liée aux qualités intrinsèques du produit fini. Pour Philippe Marillaud, les problèmes de l’entreprise étaient ailleurs : « Affimet a hérité du savoir et des compétences techniques de Pechiney. Ses difficultés n’étaient pas liées à la qualité de ses produits, mais plutôt à des problèmes de gestion et d’organisation stratégique. »

Sortir du standard : c’est tout le pari d’Affimet. Exactement comme le conseillait Louis Gallois dans le rapport portant son nom rendu en 2012. L’entrepreneur affirmait que l’industrie française ne pourrait s’en sortir que si elle produit du haut de gamme. C’est exactement cette ligne que suit la fonderie compiégnoise. On peut le dire, Affimet est un peu la Rolls de l’aluminium. « Nous avons voulu valoriser notre savoir-faire dans des alliages spécifiques. » Et ça marche. Le nouveau four permettra d’accroître encore cette production de près de 40 %. Le chiffre d’affaires s’élève à 67 millions d’euros par an, dont la moitié à l’exportation. L’orientation vers l’étranger est une démarche assez récente, mais pour Philippe Marillaud « c’est un peu ce qui nous a sauvés ». Les lingots qui sortent des fours d’Affimet sont destinés à 96 % pour l’automobile : culasses, pistons… toutes ces pièces seront moulées avec l’aluminium compiégnois.

Pollution de l’air: «Tout est contrôlé»

Une nouvelle qui a dû en faire tousser plus d’un : chaque année, la pollution de l’air coûte plus de 100 milliards d’euros à l’Etat français, deux fois plus que le tabac. La ministre de l’Environnement Ségolène Royal a promis des mesures rapides. Dans ce contexte national mouvementé, la question était inévitable. En particulier pour une entreprise où est dressée une cheminée de plusieurs dizaines de mètres de haut... Philippe Marillaud l’assure : « On travaille beaucoup pour limiter l’impact de son activité sur l’environnement. » Depuis 2009, date à laquelle le groupe Aurea a racheté la fonderie, deux millions d’euros ont été investis dans le domaine de l’environnement.

Des sommes qui ne sont pas à rentabilité directe. Philippe Marillaud poursuit : « À l’instant t, on connaît exactement les produits que l’on rejette dans l’atmosphère. En matière d’environnement, tout est contrôlé. » De tels investissement ne sont possibles que si l’entreprise ou le groupe auquel elle appartient a les moyens d’investir autant d’argent. Le directeur d’Affimet l’affirme : « On bénéficie du soutien financier d’un groupe conscient des enjeux environnementaux. » Et pour cause, Aurea est leader français en matière de recyclage.