Six mois plus tard, le tribunal de commerce a décidé de la placer en redressement judiciaire, avec à la clef un passif de plus de 19 millions d'euros, dont 4 millions dus aux fournisseurs - en quinze mois d'activité seulement. La nouvelle a pris de court les 107 salariés, qui se disent très inquiets pour leur emploi. Quant aux collectivités - dont l'Etat, actionnaire de l'entreprise à hauteur de 22 % - elles semblent, elles aussi, surprises par la rapidité de la chute.

Début 2013, l'entreprise semblait pourtant bien partie. Son patron, Sylvain Loiselet, avait annoncé avoir engrangé 41 millions d'euros de commandes sur trois ans, avec des projets aux Etats-Unis notamment. Il prévoyait un chiffre d'affaires de 30 millions et envisageait même la construction d'une deuxième unité de production d'ici à deux ou trois ans… Mais l'activité n'a pas suivi. La croissance des ventes a été plus lente qu'annoncé et la production (des pièces de fonte pour l'industrie et les travaux publics) « n'est pas encore pleinement efficace », relève le tribunal.

Les investissements ont en outre dépassé le budget prévisionnel. L'usine, très automatisée pour pouvoir concurrencer durablement les pays à bas coût, a coûté 18 millions d'euros au lieu de 16. Pour financer l'opération, Loiselet a bénéficié du soutien constant des pouvoirs publics. Il a ainsi obtenu une avance remboursable à taux zéro de 6,5 millions d'euros, grâce à l'appui du ministre de l'Industrie de l'époque, Christian Estrosi (UMP). Et le ministère du Redressement productif lui a accordé 2 millions d'euros de plus cet été, au titre de l'aide à la réindustrialisation, dont la moitié seulement a été versée.

Dès septembre, les actionnaires dont le Crédit Agricole et la BPI, avaient toutefois estimé que l'avenir de l'entreprise passait par l'arrivée d'un nouvel actionnaire industriel majoritaire. Le temps leur a manqué, et la survie de la fonderie repose désormais sur un éventuel repreneur, français ou étranger. Christine Berkovicius, Les Echos Correspondante à Orléans