L’Europe souffle. L’ A400M s’est fait attendre mais il est enfin là. La France réceptionne officiellement ce lundi matin le premier et ultra-moderne avion militaire de transport mis au point par Airbus. La cérémonie se déroule sur le site d’Airbus Military , à Séville (Espagne), là où il a été assemblé, un peu plus d’un mois après que le premier exemplaire de l’A400M a été livré à la Direction générale de l’armement . Au cours de la cérémonie (en présence notamment du prince Felipe d’Espagne et de Tom Enders, patron d’EADS), le ministre français de la Défense, Jean-Yves le Drian, s’est fait le « commercial » de cette « petite prouesse technologique ». « Avec l’A400M, nous avons plus de 8.000 km de distance sans escale, capacité de vol en basse altitude sans visibilité extérieure grâce au suivi de terrain sur fichier numérique », a déclaré le ministre, qui rejoindra ensuite la base aérienne 123 d’Orléans, à bord de l’A400M. Equipé de 4 turbopropulseurs, l’appareil peut aussi se poser sur des terrains non préparés, comme le sable, avec des blindés ou des hélicoptères. Il permettra également de livrer des équipements de combat directement sur place, et pourrait même servir lors d’opérations humanitaires. Trois ans de retard

Le projet, le plus ambitieux de l’industrie militaire européenne, a pourtant été mis à mal à plusieurs reprises. Dix ans ont été nécessaires pour que les sept pays partenaires (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Luxembourg, Royaume-Uni, Turquie, tous membres de l’OTAN) viennent à bout des retards et surcoûts causés par une motorisation complexe et des demandes techniques divergentes entres pays clients. En 2010, Tom Enders (alors patron d’Airbus) avait même menacé de jeter l’éponge.

Finalement, c’est avec plus de trois ans de retard et un dépassement de budget de 6,2 milliards d’euros que l’appareil est livré à son premier client, la France (voir la vidéo ci-dessous), qui recevra d’ici un mois son 2ème exemplaire, et un 3ème avant la fin de l’année, sur les 50 commandés. L’Allemagne en attend 53, l’Espagne 27, et le Royaume-Uni 22. L’export comme objectif

«  Il est temps de démontrer son potentiel commercial », lançait Tom Enders lors de la cérémonie officielle. Le désormais patron d’EADS sait certainement que ce programme, s’il permet à l’Europe de franchir un cap en matière d’indépendance en transport militaire, pourrait être le dernier avant longtemps. « Je ne m’attends pas, dans ma planification stratégique, à ce que, dans les 10 à 15 prochaines années, il y ait un grand projet européen dans notre sphère d’activité », a-t-il déclaré.

Au total, 174 appareils ont été commandés en Europe et en Malaisie, seul client à l’export pour l’heure. Airbus espère en exporter 400 dans les 30 prochaines années. « Nous ciblons la zone du Golfe et la zone Asie-Pacifique, où de nombreux pays renouvellent leur flotte », expliquait en juin dernier le PDG d’Airbus Military, Domingo Ureña-Raso, ajoutant que « les armées française et britannique ont une grande crédibilité dans le monde, donc si elles en sont vraiment contentes, leur opinion comptera. » Sur le marché, l’A400M est en concurrence avec le C-17 Globemaster de l’américain Boeing, qui ne sera toutefois plus produit à partir de 2015, et avec un autre appareil américain, le C-130 Hercule de Lockheed Martin, conçu il y a plus de 50 ans