Le "roi du fer", né le 29 mars 1805 à Bidestroff (Moselle), appartenait à une famille de vieille bourgeoisie. En 1836, avec son frère aîné Adolphe, il prit en main la fonderie du Creusot dont il allait faire le grand centre métallurgique français. Ils bâtirent leur fortune en s'imposant sur le marché du matériel ferroviaire et des bateaux à vapeur. Ils sortirent leur première locomotive en 1838, lancèrent, en 1839, la construction des deux premiers bateaux en acier français et produisirent, en 1840, leur première machine à vapeur pour paquebot. La mort accidentelle de son frère en 1845 fit d'Eugène Schneider le seul dirigeant de la firme. Grand paternaliste, socialement en avance sur son temps, c'était aussi un patron de choc exigeant. De 2 500 en 1850, l'effectif des salariés passa à 10 000 en 1870. La production de fonte et celle de fer furent multipliées en quelques années respectivement par quatre et par neuf. De cinquante en 1855, la production annuelle de locomotives passa à cent en 1865. Le Creusot se mit aussi à fabriquer des canons, renouant ainsi avec sa vocation initiale.

Député en 1848, sans cesse réélu à des majorités impressionnantes, Eugène accéda en 1867 à la présidence du Corps législatif, devenant ainsi un des premiers personnages de l'État. Cependant, en janvier 1870, une grande grève, dénouée par l'arrivée au Creusot de 4 000 hommes de troupe fit d'Eugène Schneider la bête noire des socialistes. Le 4 septembre 1870, il présidait la séance du Corps législatif lorsque la foule envahit le Palais-Bourbon. Les émeutiers le prirent à partie aux cris de "gredin", "assassin du Creusot". Il renonça alors à l'action politique. En 1873, à la demande de Thiers, il se lança avec succès dans la mise au point d'un canon en acier susceptible de rivaliser avec les canons de Krupp. Mais, frappé de congestion, Schneider s'éteignit à Paris le 27 novembre 1875.