Ce n'est pas d'un mal mais de maux dont souffre Notre-Dame de France. Les travaux de réfection de la célèbre vierge du Puy-en-Velay, juchée depuis 1860 sur le rocher Corneille, ont révélé des fissures beaucoup plus importantes que ne les avaient diagnostiquées les « médecins » appelés à son chevet.

Du coup, la reprise de plusieurs éclatements de fonte sous les effets conjugués du gel ne peut plus s'envisager sur place. L'unique remède passe par un atelier de fonderie, qui suppose qu'elle va devoir quitter pour quelques semaines son promontoire pour rejoindre le Nord-Est de la France où seule une entreprise spécialisée peut corriger les usures du temps.

Inimaginable voilà encore un mois, car la grande dame, du haut de ses 22,70 mètres, accuse sur la balance un poids total de 110 tonnes, son « enlèvement » paraît désormais possible… par la voie des airs.

La venue sur site d'un ingénieur-pilote de l'aérospatiale, expert dans le transport des charges lourdes en toutes conditions, et une étude très approfondie de la structure ont permis d'envisager sérieusement cette option à condition de délester la statue de son piédestal, de l'escalier intérieur en fer et d'autres pièces métalliques.

Au total, il ne devrait plus rester qu'une vingtaine de tonnes, qu'un hélicoptère bi-turbine, le MIL MI-26, va élever dans le ciel ponot. Et ce n'est pas n'importe quel appareil ! Plus gros porteur du monde, il peut soulever une charge à l'élingue de 20 tonnes. Il a été conçu pour travailler en milieu extrême en Sibérie et il lui est arrivé de réaliser l'impossible… au millimètre.

Tenue secrète, pour éviter des débordements de curieux aux abords de l'édifice, l'opération, suspendue aux conditions métrologiques, devrait se dérouler prochainement, à une heure de la journée paisible, où, de surcroît, le trafic routier est quasi nul avenue d'Aiguilhe. Car, pour des raisons de stationnement, c'est au pied du rocher Saint-Michel, sur le parking actuellement en cours d'aménagement, que sera positionné le convoi exceptionnel, qui emmènera ensuite Notre-Dame de France, par la route et de nuit, à sa cure de jouvence.

Quant à l'échafaudage qui la ceinture depuis l'ouverture du chantier de restauration, il ne bougera pas d'un pouce. Un espace libre d'un mètre entre les deux structures a été jugé suffisant pour permettre le passage à la verticale de la dame de fonte : vu son poids, elle ne devrait pas jouer pas au balancier. Tout repose donc sur la dextérité du pilote et de ses aides, tant au sol que près des câbles.

Une fois son « lifting » terminé, Notre-Dame de France reprendra sa place toujours par la voie des airs, toujours au millimètre… Ce sera une autre histoire !

jean-luc.chabaud@centrefrance.com